On a tous entendu parler du dernier film choc de
Ridley Scott,
Mensonges D'état. Mais on oublie parfois qu’il s’agit, à la base, d’un roman, rebaptisé
Mensonges d’Etat à l’occasion de la sortie du film, alors qu’originellement il s’intitulait (en français)
Une vie de mensonges. Bref… Maintenant les romans, en France, prennent le nom de leur adaptation filmique. Marketing marketing…
L’auteur du livre, David Ignatius, a travaillé au Washinton Post et a couvert l’actualité liée à la CIA et au Moyen-Orient. Il connaît son sujet. Et cela se sent dans le roman. Les manipulations, les machinations, l’attente de l’action, le stress du danger qui rode, l’impression d’être en sursis… Tous les éléments qui constituent le monde de l’espionnage sont présents.
Ce qui est passionnant, c’est le triangle formé entre les trois espions : Ed Hoffman (l’américain), en poste à Langley, dirige Roger Ferris, l’espion de terrain, que l’on retrouve en Irak, à Dubaï, à Ankara, aux USA, et aussi, dans la grande majorité du film, à Ammam, où il travaille en « collaboration » avec Hani, le chef des services secrets jordaniens. Entre les deux maîtres espions règnent une véritable concurrence, qui empêche Ferris de bien situer sa mission et son intérêt.
Le roman suit Ferris. On apprend, en même temps que lui, de quelles manipulations il a été victime. L’adrénaline, le rythme du roman sont donnés par ce personnage qui, bien que très intelligent, n’est en réalité qu’une marionnette entre les mains des deux « maîtres espions ».
On est totalement captivé par les machinations politiques qui se mettent en place, par les moyens de berner l’ennemi que développent les services secrets.
On réussit à entrer dans cet univers incroyable de faux-semblants. Suivre le montage et le déroulement d’une opération, basée sur la manipulation des extrémistes musulmans par les services secrets, puis les mensonges des espions entre eux, car tout n’est que lutte de pouvoir et de prestige. Les camps opposés se battent pour prendre ou garder le pouvoir mondial, les espions se battent entre eux pour acquérir du renom. Une vie de mensonges associée à des mensonges d’Etat. Un véritable cauchemar dans lequel Ferris tente de conserver une certaine identité humaine, Hani et Hoffman ressemblant plus à des machines qu’à autre chose.
Il y a un autre triangle qui se forme dans le livre : celui entre Ferris, Gretchen (sa future ex femme ambitieuse et égoïste, qu’il n’aime plus), et Alice (une humanitaire dévouée aux gens qu’elle aide, et dont il tombe amoureux). Bref, un homme tiraillé entre deux femmes totalement opposées (jusqu’à la couleur de leurs cheveux, bien sur).
Ridley Scott a eu une meilleure idée en développant, dans le film, une relation entre Ferris et une jeune Musulmane. La relation entre les cultures s’en trouvait affinée, et le film évitait ainsi les personnages et la relation adultère très clichés.
Le roman se lit agréablement. Le style n’est pas mauvais, mais n’est pas exceptionnel non plus. Qualifions le de conventionnel. Peut-être que la traduction ne rend pas justice à l’original. En tout cas, c’est un roman que l’on peut lire facilement dans le train. Il est juste dommage que certaines descriptions, surtout dans tout ce qui concerne la vie amoureuse de Ferris, soit sans grande finesse. On a une impression de déjà-lu. Par contre, tout ce qui concerne l’espionnage est expliqué clairement, dans un style direct et nerveux, sans ajout de fioritures et de phrases inutiles.
Un excellent roman d’espionnage. On regrette juste le manque de finesse et d’originalité dans le triangle amoureux de Ferris. Mais cela reste secondaire. On est pris du début à la fin dans les intrigues et les machinations de ces personnes d’une intelligence effrayante, doublée en plus d’une volonté qui dépasse leur humanité.
Car ce que le roman nous décrit, c’est une véritable guerre meurtrière, menée dans l’ombre, qui ne s’embarrasse à aucun moment de sentiments ou de compassion. Et ça fait vraiment froid dans le dos.
Mensonges d’Etat (une vie de mensonges) de David Ignatius, chez Odile Jacob, disponible, 21,50 euros
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Anne-Louise Echevin (
Le 14 novembre 2008)
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