Serrer sa chance avec Claude Miller

 
Claude Miller sort un nouveau long-métrage, l’occasion pour lui de faire un bilan de sa vie dans un ouvrage d’entretiens, Serrer sa chance. Le livre se présente comme un ensemble de longues discussions entre Miller et Claire Vassé (critique de cinéma, ayant produit et présenté « Le Cinéma de l’après-midi » sur France Culture. Ce livre est sa troisième publication). L’ouvrage est divisé en chapitres, un pour chaque film.

Le réalisateur français Claude Miller nous raconte, dans ce récit dialogique, son enfance de passionné de cinéma, « il n’était pas question que je passe un week-end sans aller au cinéma », sa décision de se lancer dans une carrière cinématographique et comment il a dû la justifier auprès de sa famille, « Mon milieu familial était extrêmement bienveillant mais (…) en même temps, n’envisageait pas qu’un cinéma comme celui de Bergman puisse exister. Cela (la Nouvelle Vague établissant le cinéma comme un art à part entière) me confortait dans l’idée que je me dirigeais vers quelque chose d’important, et de noble ». Il raconte enfin sa carrière de cinéaste, ses expériences en tant qu’assistant ou collaborateur des plus grands (Bresson, Godard, Demy, Truffaut) puis en tant que grand lui-même.

Le cinéaste aborde des décennies d’Histoire du cinéma, de France et d’ailleurs, revisitant en même temps sa propre évolution au sein du septième Art. Il nous décrit l’errance d’une génération venant juste après la Nouvelle Vague, noyée par elle, et qui n’a pas de nom, pas d’identité.

Claude Miller se dévoile, avoue des choses difficilement avouables. Mais, avoir conscience de leur ignominie les rend dicibles. Il nous raconte ce même processus concernant son cinéma, la révélation des interdits qu’il trépasse, la mise à nu des plus inavouables ambiguïtés de la nature humaine. Et il assume cette tendance : « Je ne veux pas – surtout à la faveur de ce genre d’entretiens – masquer la part de perversité ou de voyeurisme existant chez moi et j’espère, chez tout cinéaste… ». Et ajoute-t-il plus loin : « Je crois que je suis profondément en empathie avec la souffrance d’autrui. Voilà ce qu’il m’intéresse de montrer ».

Toutefois, pour apprécier ce livre, mieux vaut avoir vu tous les films de Miller. Il s’attarde sur de nombreux détails inintéressants pour les non connaisseurs. Le rythme est agréable tout en étant déconcertant. On a parfois l’impression que la conversation n’est pas finie et de passer d’un sujet à l’autre sans rapport. On sent parfois comme un manque d’approfondissement.
Mais Claude Miller veut-il peut-être simplement nous laisser juste assez de mystère pour se forger sa propre interprétation de ses films…

Serrer sa chance (entretiens avec Claire Vassé) - De Claude Miller - 326 pages – 19,50€ - chez Stock - Disponible depuis septembre 2007

Lorraine Creaser (Le 5 octobre 2007)

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