Guidés par le savoir du "grand frère" que fut pour eux le réalisateur français
Séverin Blanchet, tué dans un attentat en 2010, ses élèves afghans ont présenté à Nantes et à Kaboul leurs films émouvants sur les rues de leur capitale, en hommage à celui qui voulait raconter des histoires "avec la matière même du réel".
"Séverin s'était énormément investi en Afghanistan. Sa mort a été un grand traumatisme pour les réalisateurs: là-bas, il était devenu le grand-frère, quelqu'un qui leur avait permis d'accéder à quelque chose d'autre que la télévision commerciale ou d'Etat", souligne le réalisateur
Yves De Peretti, membre des ateliers Varan, dont
Séverin Blanchet était membre fondateur.
"Sa philosophie, celle des ateliers Varan, était celle du cinéma direct: raconter l'histoire avec la matière même du réel, sans avoir besoin du commentaire", ajoute-t-il.
Près de deux ans après sa mort, cinq des films réalisés par ses élèves étaient projetés en avant-première à Nantes lors du 33e Festival des 3 Continents de Nantes 2011 qui se déroulait à Nantes fin novembre, ainsi qu'à Kaboul, devant leurs auteurs.
Piliers des ateliers Varan, fondés en 1981 pour former dans le monde entier des documentaristes afin qu'ils puissent par eux-mêmes saisir la réalité de leurs pays,
Séverin Blanchet avait implanté en 2006 une antenne en Afghanistan.
Le travail de ses premiers élèves, sur le thème des enfants de Kaboul, avait été primé en 2007 et 2008 et certains avaient été diffusés sur Arte.
"Il est retourné là-bas pour mettre en place un atelier de perfectionnement sur le thème des +rues de Kaboul+. Le lendemain de son arrivée, le 26 février 2010, son hôtel a été investi par les terroristes qui ont mitraillé" et tué 16 personnes, dont lui, raconte la compagne de
Séverin Blanchet, Anne Lefort, à l'AFP.
"Une monteuse, Amélie Ricard et une réalisatrice,
Marie-claude Treilhou, ont repris le projet. Pendant six mois, elles ont communiqué par webconférence avec les stagiaires", ajoute Anne Lefort.
"Nous avons pu y retourner à l'automne 2010, pour inaugurer une plaque en hommage à Séverin et sélectionner les projets qui pourraient être produits", ajoute Mme Lefort.
Au travers des films projetés à Nantes, les rues de Kaboul apparaissent avec une netteté qu'aucun réalisateur occidental, aussi talentueux soit-il, n'aurait pu saisir.
Les soldats du "Check-Point" d'Hamed Alizada rêvent librement à leurs fiancées ou critiquent le pain si dur, allongés sur des lits superposés, dans le huis-clos du conteneur qui leur sert de casemate, entre deux rondes où ils risquent à tout moment d'être la cible d'un attentat.
Les derniers cochers de Kaboul, qui disputent aux automobiles, encore pour quelque temps, l'une des rues les plus déshéritées de la capitale, n'hésitent à à chanter des chansons paillardes devant la caméra de Basir Seerat pour oublier, le temps d'un rire, la misère de leur vie.
Et qui d'autres qu'une femme afghane réalisatrice, Mahbouba Ebrahimi, aurait pu suivre une de ses soeurs, éprise d'autonomie, qui brave toutes les pesanteurs d'une société ultra patriarcale pour, non seulement passer son "Permis de conduire", titre du film, mais aussi briguer un emploi de chauffeur dans ces rues parmi les plus difficiles et chaotiques du monde.
Comment enfin ne pas penser au film de
Martin Scorcese avec
Nicolas Cage,
A Tombeau Ouvert, quand, avec Taj Mohammad Bakhtari et son "Kaboul Ambulance", on suit le combat désespéré et quasi perdu d'avance des ambulanciers qui tentent de sauver des vies entre les embouteillages de Kaboul et l'état des routes des bidonvilles, où la vie tient à un pneu crevé.
(29 Novembre 2011 - AFP)
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