Bande-Annonce En Plein Caubère

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Résumé

Une grande maison jaune perchée sur une colline, surplombant une mer d’oliviers centenaires, face à l’étang de Berre. La Chargère. Une immense pièce presque vide, aux murs bruts et au plafond très haut, adoucie d’une multitude de tapis, patchwork coloré jeté au sol. Un homme, seul, habite cet espace, l’emplit de sa voix, de ses pas qui résonnent, de ses gestes… Philippe Caubère crée son dernier spectacle, Claudine ou l’éducation. Il traverse la pièce à grandes enjambées, se recroqueville sur un petit banc, marmonne pour lui-même puis jette ses mots, s’interrompt, réfléchit, jure, se précipite soudain vers l’ordinateur, qui recueille ses nouvelles volontés. Il parle tout seul, tout haut, répète plusieurs fois une phrase avant de retourner l’essayer, la projeter contre ces murs de silence que remplaceront plus tard les cascades de rire des spectateurs. Caubère, au coeur de cette vieille maison familiale gorgée de souvenirs d’enfance, met en place ses personnages. Lui-même, Ferdinand Faure, double héroïque et compagnon de 20 ans, sa mère, Claudine, sa soeur Isabelle et bien d’autres. Le moindre soupir, la moindre onomatopée naîtra ici, avec un sens du détail très poussé, chaque geste, chaque accessoire se nichera dans ce texte d’une précision surprenante, bien loin de toute improvisation : Caubère en pleine création. Un travail de titan : de l’écriture à la mise en espace, du choix des costumes et des musiques à l’habillage du plateau, ce diable d’homme est partout, s’occupe de tout. Comment fait-il pour construire depuis 20 ans cette oeuvre unique, comment mémorise-t-il aujourd’hui encore plus de 5 heures 30 de monologue, de déplacements d’une précision extrême, de transformations physiques en utilisations d’accessoires, selon un timing draconien ? De quelles profondeurs provient une oeuvre aussi riche, aussi dense ? Comment n’en est-il pas lassé, avec tous les sacrifices qu’elle implique, après toutes ces années de solitude ? Bourreau de travail, capable d’enchaîner 3 filages (9 heures…) en une même journée, tourné corps et âme vers son oeuvre, Caubère est un solitaire, épaulé par une poignée d’intimes, une tribu de collaborateurs fidèles où l’on ne démêle plus depuis bien longtemps le professionnel de l’intime. Un fonctionnement clanique, fondé sur un profond respect mutuel, une parfaite connaissance de chacun, un partage du travail au quotidien. Relations intenses, où la droiture et l’amour de tous permettent qu’une violente dispute ne dégénère jamais en aigreur ou en rancune. Philippe Caubère au quotidien, dans l’euphorie et l’angoisse de l’aboutissement,à l’approche d’une nouvelle rencontre avec le public, qui lui manque si cruellement durant l’élaboration des pièces. Instants de vie partagés, du petit-déjeuner, moment de concentration, aux repas du soir où la fatigue intense conduit à se réfugier devant la télévision et ses programmes nocturnes, offrant le décrochage nécessaire à l’apaisement, puis à l’endormissement… De trajets en voiture confessions en répétitions des chansons de Johnny Hallyday qui ponctuent le spectacle, de dîners fou-rires en coups de gueule mémorables, d’interviews presse en instants d’épuisement, ces moments de vie constituent un puzzle permettant de découvrir cet homme exceptionnel. Autour de lui Véronique Coquet, compagne et productrice, magicienne aux dons multiples, première spectatrice, régisseuse, accessoiriste, chauffeur, costumière, habilleuse, cantinière, décoratrice ou âpre négociatrice… Roger Goffinet, homme de l’ombre, assistant, souffleur, fidèle de la première heure, complice et fervent admirateur, partageant les nuits blanches et les paniques de dernière minute. Philippe Luigi Olivier, directeur technique sachant tout faire, monter un plateau dans le jardin de La Chargère, assumer la bonne marche technique de l’ensemble… Un Caubère écorché, colérique, dur avec lui-même autant qu’avec ses collaborateurs, mais aussi bon vivant, amateur de femmes, parfois trivial, parfois pince-sans-rire. Drôle mais aussi torturé, habité par une féroce volonté de bien faire, de donner, de transmettre, hanté par ses personnages… Ces petits elfes qu’il porte en lui et que, prestidigitateur diabolique, il sort soudain, comme des lapins de son chapeau pour leur offrir un tour de piste. La vie de Caubère vue par un autre oeil que le sien : un contrepoint aux confessions de Ferdinand, un voyage à la rencontre de Philippe, un regard extérieur sur les expériences du docteur Caubère, inventeur, maître et esclave, dans son laboratoire.
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