Bande-Annonce Sur le bout des doigts

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Résumé

Un film de avec , Martine Chevalier, Anne Sophie Latour SYNOPSIS Juliette élève seule sa fille, Julie. Malgré la présence de son père chaque semaine, celui-ci n'intervient pas dans son éducation. Fille prodigue, elle passe ses journées devant son piano. Cette précocité artistique fait rêver sa mère qui veut lui donner une éducation plus que parfaite. Mais cette perfection devient de plus en lourd à porter pour la fillette de douze ans. L'AVIS DE LA REDACTION : Juliette est pianiste et vit avec sa fille Julie, dans une autarcie contrôlée. La mère a conscience du génie musical en devenir de sa fille et finit par se substituer à celle-ci pour palier à son manque de talent. Ce film est une œuvre d'art à part entière. A travers les sentiments intenses et torturés de cette relation mère fille, on ressent une tension particulière qui est amplifiée par la constante présence du piano, instrument de fascination et de destruction. a chargé sa réalisation en émotion, mais il a aussi beaucoup travaillé les plans rapprochés qui intensifient les scènes de sentiments intenses à travers par exemple, le visage si changeant et si délicat de Juliette filmée au plus près. La violence des rapports est toujours contenue et n'éclate que dans une seule scène, où Juliette brise les doigts de sa fille ; dans le reste du film, elle est toujours latente. Certains sons stridents parsèment l'action et créent un certain leitmotiv désagréable qui agace. C'est à travers cela que se définit la personnalité dérangeante et parfois "limite" de Juliette. Elle est partagée entre l'amour qu'elle porte à sa fille et la désillusion de se voir moins douée, d'où l'ébauche d'une certaine jalousie. A la fin du film, les rôles s'inverseront et Juliette tombera dans une certaine neurasthénie alors que sa fille Julie parviendra à se dégager de l'emprise de sa mère. Elle se libèrera de cette relation étouffante et parviendra à prouver sa propre identité. Un film austère mais avec deux actrices en devenir sublimes et magnifiées par un passionné de musique, de lumière et de rapports humains intenses. Claire Salères ENTRETIEN AVEC ANNE-SOPHIE LATOUR : Comment avez-vous réagi à la proposition que vous a faite d'interpréter le rôle de Julie ? J'étais très contente et fière. Et puis, le cinéma était totalement nouveau pour moi, et je ne savais pas si j'allais parvenir à jouer notamment certaines scènes dont j'avais peur . Il a fallu que la gêne se dissipe afin que cela soit possible. Avez-vous senti une proximité entre le personnage de Julie et votre propre expérience ? Julie joue du piano, et c'est tout. Elle n'est jamais allée à l'école, on ne sait pas ce qu'elle fait en dehors de cela. Moi, j' ai suivi, au début, une scolarité comme tout le monde, mais le piano a toujours été plus fort que le reste, le piano est toujours passé avant tout. Comme pour elle. Avant tout, cela veut-il dire aussi avant les autres ? Oui, avant les amis, les sorties, cela m'a toujours différencié des autres. Je me privais de pas mal de choses. A certains moments, je le vivais mal, mais après je n'ai jamais regretté, car même si la musique éloigne de tout on peut trouver en elle des choses qu'on ne peut pas trouver ailleurs. Sans le piano, je ne sais pas comment je ferais pour vivre, c'est un élément naturel de ma vie. C'est pareil pour Julie, elle n'a pas un rapport réfléchi avec le piano, il fait partie de sa vie, comme manger, dormir, respirer. L'instrument ne lui fait pas peur, il est comme un être humain, un frère. Quand elle aperçoit un piano, il faut qu'elle aille vers lui, qu'elle en joue. Je ressens la même chose. Quand Juliette entre dans son mutisme, l'attitude de Julie n'est pas forcément celle que l'on attendrait de la part d'une fille ? Je pense que Julie ressent cette forme de folie beaucoup moins fortement que si elle était soudaine, que si elle arrivait chez un personnage qui avait été équilibré tout au long du film. Mais tout est en place bien avant, dans la vie de sa mère, dans ses gestes. Julie va essayer de la retrouver mais cette recherche sera ambiguë parce qu'elle est, là aussi, teintée de cruauté puisqu'elle va mettre sa mère face à son mensonge, face à ses manques. Est-ce que cette histoire très particulière a changé quelque peu le rapport que vous avez avec la musique ? J'ai toujours le même rapport avec le piano. Mais, comme Juliette, je sais que si je n'arrivais pas à faire ce que je veux, ce serait terrible. Juliette comprend la musique mais ne parviens pas à l'atteindre, à l'inverse de Julie, elle le voudrait mais ne le peut pas. Sa fille , c'est elle, c'est tout ce qu'elle ne peut pas faire. Finalement, le fait d'avoir joué dans ce film, même si cela m'a donné envie d'avoir d'autres expériences cinématographiques, m'a surtout permis de comprendre que je ne me trompais pas en choisissant le piano, parce que la musique, c'est un autre monde, et c'est le monde dans lequel j'ai ma place. ENTRETIEN AVEC : Comment la jeune comédienne que vous êtes a-t-elle abordé le personnage de Juliette ? Juliette est tellement éloignée de ce que je suis, de ce que je sais, qu'il m'a fallu aller très loin, me laisser emporter, m'ouvrir et me laisser envahir peu à peu. Le personnage s'est crée aussi par rapport à Anne Sophie qui interprète Julie, par rapport à la musique, par rapport même au doute, à mes doutes, à ce qui m'échappait. C'est une histoire de musique et de silence, une histoire sur la limites des mots ? La musique est un langage mystérieux. C'est un langage entre Juliette et Julie, mais un langage très personnel à chacune, qui leur permet de se rejoindre, aussi bien dans la cruauté que dans l'amour. Julie et Juliette se retrouvent autour de très peu de mots : la musique est le seul élément ouvert du film, c'est elle qui apporte la lumière. Mais Julie et Juliette n'ont pas le même rapport à la musique. Juliette la regarde comme un sang qui s'écoule, une énergie qui la fuit, qui la vide entièrement, tandis que pour Julie elle est une force permanente, inépuisable, dont d'ailleurs elle n'a même pas conscience, tant tout cela est facile et naturel pour elle. Au-delà de la musique, cette histoire d'une mère et de sa fille nous parle, comme si elle renvoyait à des questions que nous rencontrons tous, un jour ou l'autre. Oui, parce que c'est une histoire de don, de dévotion, de dévotion absolue d'ailleurs. Juliette se bat pour que sa fille vienne vers la vie. Cet enfant devient un objet d'adoration, il y a chez elle un amour infini pour le petit prématuré qu'il est. Pour le sauver, elle construit une bulle et s'y enferme avec lui. Et puis, plus tard, il y a la recherche désespérée du rapport idéal, exclusif. C'est une histoire sur la venue au monde, sur la difficulté de venir au monde. Juliette en quelque sorte n'est pas une femme, c'est une enfant qui, pour moi, ne grandit pas. Le silence, dans lequel elle choisit d'entrer est aussi un acte d'amour, une élévation, c'est permettre à l'autre d'exister, de vivre. En même temps, Julie voit sa mère s'enfoncer dans quelque chose, et je crois qu'elle en joue. Leurs rapports sont en definitive très ambigus, à l'opposé de tous les clichés qu'on pourrait trouver sur ce thème… Y-a-t-il eu des moments pendant le tournage ou vous vous êtes sentie dépassée par une émotion que vous n'auriez pas soupçonnée en vous-même ? Oui, à plusieurs reprises. Je me souviens notamment d'une scène difficile entre le personnage que j'interprète et sa mère, Josette, qui lui assène des mots très durs. Bien sûr il y avait la violence de Josette, la tension de la scène, mais au-delà, ce qui était bouleversant, c'était de laisser mon personnage recevoir ces coups, ce qui n'est pas ma nature, ne pas y répondre, le voir glisser dans un monde à part, et s'y enfermer. J'assistais à sa chute, en quelque sorte. Plus généralement, toutes les scènes où la musique avait une importance première, où elle devenait cet instrument de lien et de distance entre Juliette et Julie, de fusion et d'éloignement, ont provoqué un trouble que je n'imaginais pas. Ce film m'a permis d'explorer une matière sans fin, sur le lien à l'autre, la maternité, la perspective du double, la continuité de soi, la perte d'identité, le silence, des questions finalement assez secrètes, dont on a du mal à parler d'ailleurs, auxquelles on ne pense pas forcément dans la vie de tous les jours. L’AVIS DE LA PRESSE : Télérama : « Rarement le cinéma n’avait donné à entendre Schumann et Schubert avec autant de pudeur visuelle. Cela tient sans doute aussi à l’interprétation des deux actrices, distantes et vibrantes à la fois, qui semblent par instants nous jouer l’enfance de « La Pianiste » de Michael Haneke. En sourdine, pianisssimo. » Marine Landrot (article entier disponible sur le site de Télérama) Studio Magazine : « En maintenant son intrigue sur un fil tenu et fragile, le réalisateur de « Colonel Chabert » signe son film le plus abouti. Sa petite musique intime vous poursuivre longtemps. » T.C. (article entier disponible dans Studio Magazine n°179, page 30) Première : « La persistance d’Angelo à filmer la nuque et le regard perdu de plombe hélas son discours sur la maternité et la transmission. » C.N. (article entier disponible dans Première n°304, page 74.)
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