Bellamy marque la première collaboration entre deux monstres du cinéma français : Chabrol et Depardieu. Le film a été écrit spécialement pour l’acteur. Cela se ressent. Ceux qui n’aiment pas voir Depardieu « faire du Depardieu » feront mieux de rester chez eux.
Les inconditionnels du comédien apprécieront l’exercice qui, sans être révolutionnaire ni mémorable, est somme toute plutôt agréable.
Bellamy, c’est une enquête policière sans en être une. Le commissaire passe de paisibles vacances jusqu’à ce qu’un hurluberlu lui annonce qu’il a tué un homme. Or Bellamy, c’est un peu le
Dr House de la police (répliques mordantes et hilarantes en moins) : il ne supporte pas qu’une énigme lui résiste. Le voilà donc qui décide de mener une enquête, mais officieusement. Après tout, c’est plus sympa que de passer sa soirée à jouer au scrabble.
Le drôle de type, c’est
Jacques Gamblin. Qui vole presque la vedette à Depardieu. Ironique, non ? Il incarne à la perfection cet homme aux deux visages, complètement largué entre deux vies. Schizophrénique. Un autre acteur qui crève l’écran est aussi présent.
Clovis Cornillac étonne dans le rôle du frère de Bellamy, dur en apparence, mais totalement paumé intérieurement. Sa souffrance se ressent dans le moindre geste, dans sa façon âpre de se déplacer. Impressionnant.
La performance de
Marie Bunel est aussi excellente. Elle apporte une grâce et une douceur particulière au film, comme une pause entre les trois hommes du film, qu’ils soient suspicieux, dangereux ou paumés. Comme un îlot auquel se rapprocher. Chabrol laisse la part belle aux seconds rôles féminins. La féminité tout en douceur de
Marie Bunel s’oppose à celle volcanique de la tentatrice séductrice
Vahina Giocante.
Le scénario est intéressant. L’enquête se mène bien, même si les personnes ayant regardé deux ou trois séries policières basiques, comprendront vite ce qui se passe.
Chabrol ne réinvente ici pas le genre. On sent seulement qu’il trouve un vrai plaisir à diriger ses comédiens. Et heureusement, car c’est un film pour acteur. Le scénario n’est au fond qu’un prétexte pour les mettre en scène. Il n’en est pas négligé pour autant.
La mise en scène est classique et élégante. Maîtrisée, sans superflu.
Un film à voir pour Depardieu, mais aussi pour les excellents seconds rôles. Chabrol ne nous donne pas une œuvre mythique, mais un film intrigant, porté par des comédiens à leur meilleur niveau.
Anne-Louise Echevin