Perhan est un rrom. Fils naturel d'un soldat et d'une tzigane, il est, avec sa sœur handicapée, élevé par sa grand-mère dans un bidonville tzigane de Skopje en Macédoine. Mais surtout, Perhan est amoureux. Amoureux de la fille de la voisine, une jeune fille qu’on lui refuse à cause de sa pauvreté. Il décide alors (bon gré, mal gré) d’entrer dans le clan d'Ahmed et de mener une existence faite de vol et de prostitution. Peu à peu Perhan perdra son innocence et les gens qu’il aime.
Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1989 (entre 2
Palmes d’Or pour
Papa Est En Voyage D'Affaires et
Underground),
Le Temps des Gitans est peut-être LE film emblématique de l’œuvre de Kusturica. On y croise le Rêve se brisant à la Réalité ; la Farce, le Fantastique et la Fête tenter de faire la nique à la Fatalité et à la Mort ; et l’Amour se heurter à la Douleur.
Sur une bande-son mythique (inoubliable thème de
La Saint Georges), réalisme magique et burlesque tragique se télescopent pour créer une histoire d’amour déchirante au cœur d’un roman d’apprentissage (basé sur des faits réels) bouleversant. Rarement (jamais ?) on a aussi bien retranscrit la mélancolie des déracinés, la solitude de l’errance, la tristesse de se perdre.
Construit comme un terrible drame antique dans lequel le « héros » est inexorablement piégé par la Fatalité,
Le Temps des Gitans réussit le tour de force de nous émouvoir aux larmes sans jamais nous y précipiter et de nous faire rire aux éclats en sentant notre cœur se briser.
Définitivement un classique.
Nota :
Le Temps des Gitans sera sur la scène de l’Opéra Bastille du 26 au 15 juillet dans un
punk-opéra servit par
Emir Kusturica lui-même.
Eléonore Guerra