Les barbares, ce sont nous Français, eux Québécois, Anglais ou Allemand… ce sont tous ceux qui ne sont pas Américains, et bien sûr fiers de l’être… Cet empire qui domine le monde doit donc se prévenir de ces barbares… qui les ont, pour la première fois, touché en plein cœur avec les attentats du 11 septembre.
Quelques-uns de ces barbares se retrouvent dans ce chef d’œuvre signé
Denys Arcand, qui reprend les personnages de son film de 1987 LE DECLIN DE L’EMPIRE AMERICAIN et les remet en scène dans ce monde du 21ème siècle, à la fois très différent et sensiblement pareil à ce qu’il était 15 ans plus tôt.
Tous se retrouvent autour de Rémy, hospitalisé pour un cancer en phase terminale. Leurs destins se croisent, leur passé ressurgit et leur futur les interpelle dans ce face à face autour de leur ami, amant ou père.
Pour raconter cette histoire, le réalisateur choisit d’allier deux types cinématographiques, deux tons radicalement opposés mais remarquablement bien associés : la satire de la société (Américaine) sur fond d’humour noir et grinçant et le drame de la perte d’un proche, rongé par la maladie. A travers ces deux points, le film aborde également des thèmes plus généraux comme l’amour, le sexe, la drogue, le travail, la famille, etc., et ce dans un axe d’approche toujours décalé, original.
Denys Arcand réussit ainsi à faire passer ses idées tout en évitant de tomber dans les clichés. A ce titre, citons Nathalie (
Marie-josée Croze), junkee embauchée par Sébastien, le fils de Rémy, pour fournir et aider à consommer de l’héroïne à son père, qui soulage ses douleurs.
Le film allie donc émotions fortes et humour… Aux moments les plus difficiles, le cinéaste associe toujours des dialogues drôles, au ton assez grinçant. Une réplique décalée vient ainsi ponctuer la très douloureuse séquence où tout le monde est réuni pour regarder la petite vidéo de la fille de Rémy, perdue sur un bateau au bon milieu du Pacifique… l’émotion gagne alors le spectateur même le plus endurci.
Denis Arcand signe là une œuvre à la fois drôle et amère, réussie grâce à des dialogues et un scénario savamment dosés entre justesse, ironie, drôlerie et réflexion.
Amélie Chauvet