Dans une maison de poupées où évoluent des femmes trop grandes pour ce décor de lilliputiens, Nora reçoit la visite de son amie Kristine. Elle confie à cette dernière que, pour sauver son mari gravement malade, elle a dû emprunter de l’argent au prêteur Krogstad en falsifiant la signature de son père. Elle travaille depuis en cachette afin de le rembourser. Mais tout se complique le jour où Krogstad, sur le point de se faire licencier de la banque que dirige le mari de Nora, décide de faire chanter celle-ci dans l’espoir de garder sa place.
Trahisons, coups bas et dissimulations sont donc au menu de cette pièce un peu fourre-tout mais diablement inventive dans sa mise en scène.
Le passage pour une pièce de théâtre de la scène à l’écran se révèle souvent peu convaincant, quelle que soit d’ailleurs la qualité de la pièce d’origine.
Lee Breuer nous prouve ici le contraire, en parvenant à rendre actuelle une histoire pourtant écrite il y a plus d’un siècle.
Non content d’avoir remporté un nouveau succès partout où a pu se jouer cette adaptation du texte d’Ibsen, le metteur en scène américain convoque à présent les moyens offerts par le cinéma pour plonger le spectateur dans l’univers scandinave de la fin du 19ème siècle, période où les femmes jouissaient d’autant de reconnaissance que leurs maris avaient d’intérêt à leur accorder.
À travers l’évolution du personnage de Nora, ce sont tous les préjugés sur les femmes qui vacillent au fil de l’intrigue. Victimes consentantes d’un statut qui les rend aveugles face à la toute-puissance masculine, ces poupées vivantes sont pourtant contraintes de se baisser pour se mettre au niveau d’hommes ici joués par des nains.
Le résultat est à la hauteur du texte d’origine : parfaitement rythmé et riche en péripéties, drôle et inspiré, avec un final grandiose où tous les masques tombent et la magie du théâtre opère, la fiction n’étant qu’un prétexte à une belle critique des jeux sociaux de l’époque, pas toujours si éloignés qu’on veut bien le croire de la réalité actuelle.
Olivier Valette