Le petit Mathieu, fils de Peter, a bien grandi depuis ses premiers pas au cinéma, depuis ces heures obscures, où, à la recherche d’une
Métisse, il croisait la route des
Assassin(s) emplis de
Haine des cités françaises. Aujourd’hui, comme papa pour son menteur de Jakob, comme Luc Besson pour son
Cinquième élément, il a plongé la tête la première dans le gouffre d’Hollywood. Une douche glacée, à l’image de ce thriller psychologique aux allures d’histoire de fantômes, où gicle du sang pourpre à en faire couler des rivières.
Divisé en trois parties distinctes (
Halle Berry psychiatre,
Halle Berry tarée,
Halle Berry détective), tourné en anglais, avec un budget conséquent et des stars internationales,
Gothika ne manque pas de punir les méchants dans une happy end qui sent l’eau de rose à plein nez. Le nouveau
Mathieu Kassovitz n’a donc plus grand chose de frenchie - si ce n’est ce prénom au générique, presque trop français pour être honnête. Tout petit Kasso dans un film trop grand pour lui ? Pas forcément, car
à défaut d’un scénario original, Gothika pousse le trouillomètre au maximum. Cadrage très serré, voile bleuté, images chocs, explosion de lumière, Kassovitz réussi en quelques plans ingénieux à monter la tension du spectateur – et à ne plus la faire redescendre. Même s’il ne peut s’empêcher d’imiter certaines séquences de ses aînés pour enfoncer une nouvelle fois le clou de l’originalité… Comme ce fameux plan à l’envers d’
Halle Berry allongée sur son lit, qui ne peut que rappeler son frère jumeau signé David Fincher, servant d’affiche à
Panic Room.
En résumé,
Gothika s’apparente à un mini-puzzle du cinéma fantastique des trente dernières années : Kassovitz en fouine astucieuse (ou raton laveur flemmard), a pioché ça et là les idées qui lui convenaient. Résultat, l’ensemble crie au déjà-vu, et glisse vite fait bien fait dans les oubliettes de l’oubli quelques heures après la vision du film. Toutes les règles (les clichés) du genre sont respectées : purification par l’eau, immolation par le feu, vénération satanique, nuit noire, asile aux allures de maison hantée perchée sur une colline, accident de voiture, pluie torrentielle… Minuit l’heure du crime !
Halle Berry pète les plombs, le spectateur arrache l’accoudoir et
Mathieu Kassovitz accroche une nouvelle étoile à son blason. Car quelque part (loin !) entre
Hypnose et
Sixième Sens, sans en avoir pour autant l’originalité et l’impact psychologique,
Gothika a tout de même de quoi faire exploser les pacemakers. Quoi qu’il en soit, "Matthew" Kassovitz, ça ne sonne pas très bien. Reviens, Matthieu !
Aurélie Maulard