Peter Jackson en rêvait depuis toujours : réaliser son
King Kong, son remake du célèbre film de 1933. Le succès financier de sa trilogie du
Seigneur des Anneaux lui en a donné la possibilité. Voir ce que le cinéaste néo-zélandais a su faire avec son adaptation gigantesque de l'œuvre de Tolkien sur grand écran ne pouvait que nous mettre l'eau à la bouche quant à sa vision du célèbre gorille et de sa belle. Que les fans du cinéaste se réjouissent, on retrouve dans ce
King Kong l' "empreinte Jackson", notamment au niveau de la mise en scène, des décors et des effets spéciaux. Les adeptes du long-métrage original ne devraient pas non plus être déçus, tant celui-ci redonne vie au Kong tout en rendant hommage au film d'Ernest B. Schoedsack et
M.c Cooper.
Choisissant judicieusement de situer l'action dans les années 30,
Peter Jackson opte ainsi dès le départ pour une certaine fidélité à l'œuvre d'origine. Choix qui, hormis le passage avec les dinosaures, sera conservé tout au long du film. Certaines séquences dont l'arrivée sur l'île ou la fameuse scène finale sur l'Empire State Building sont bien évidemment là, mais les amateurs reconnaîtront également plusieurs dialogues issus directement du film initial.
Les premières séquences dans un New-York de music-hall nous mettent d'emblée dans l'ambiance de la Grande Dépression… Et l'on ne pense réellement à la bête - et au long-métrage d'Ernest B. Schoedsack et
M.c Cooper - que lorsque le sujet est lancé par Carl Denham (
Jack Black), explorateur/cinéaste, embarquant ses membres d'équipage - qui croient aller tourner à Singapour - dans une expédition vers Skull Island (littéralement « l'île des crânes »).
Le côté hors norme et grandiose des tournages de
Peter Jackson est bien là. Il en résulte une nouvelle fois un film époustouflant. Les décors sont soignés dans les moindres détails, ne laissant rien au hasard ; les costumes, lumières et musiques sont parfaitement maîtrisés ; et le casting semble avoir été fait sur mesure.
Naomi Watts rappelle étrangement
Fay Wray tant dans ses expressions que physiquement,
Adrien Brody surprend par son naturel à jouer l'amoureux qui veut sauver sa belle, alors que
Jack Black, dont on connaissait peu le talent, s'offre ici le rôle de sa vie. De quoi plonger littéralement le spectateur dans l'histoire, malgré un scénario pas toujours parfait, malheureusement. Et oui, si les effets spéciaux à couper le souffle confèrent à l'image un réalisme effrayant, l'histoire est elle très basique, ne faisant que reprendre celle d'Ernest B. Schoedsack et
M.c Cooper. De nombreux raccourcis scénaristiques, parfois presque grotesques, viennent également ternir ce qui aurait pu être un film parfait. Citons à ce titre les retrouvailles sur l'île entre Ann Darrow (
Naomi Watts) et Jack Driscoll (
Adrien Brody) ou cette fameuse présence de dinosaures. Certes ces derniers donnent lieu à d'impressionnantes scènes de combats et de poursuites, plus vraies que nature, mais leur crédibilité dans l'histoire reste à prouver. Des bêtes gigantesques mais plus proches de nous, à l'image du singe, auraient peut être été plus judicieuses.
King Kong était le fantasme de
Peter Jackson depuis toujours. Peut-être trop. Le cinéaste est ainsi comme le Kong lorsqu'il gagne un combat, fier de lui sur son piédestal, se frappant le torse avec les bras… Il peut être fier de son œuvre car peu de cinéastes entreprennent de tels chantiers cinématographiques, et osent sans peur s'attaquer à ces monstres du cinéma. Jackson ne dénature en rien l'œuvre d'origine, rendant au singe toute sa splendeur grâce aux techniques d'aujourd'hui…
Ce King Kong du 3ème Millénaire est un beau moment de cinéma de trois heures comme rares sont les réalisateurs capables de nous en offrir. Un spectacle grandiose qui fera sans aucun doute oublier aux plus réticents les nombreuses petites erreurs faisant malheureusement passer ce film à côté du chef d'œuvre. Reste une œuvre belle et captivante, prétendant sûrement et justement à un grand succès public.
Amélie Chauvet