Elisabeth est une dame sans histoires, une mamie un peu lunaire et une
lady old school. Mais surtout, Elisabeth aime la tranquillité, ce que son ex-belle-fille a le don de ne pas lui procurer, surtout quand elle a la bonne idée de périr tragiquement dans un accident de voiture. Affaires de famille…
Ah oui, pour info Elisabeth est, accessoirement, Sa Majesté Elisabeth II d’Angleterre et sa chère bru n’est autre que l’ultra populaire Ladi Di. Autant dire que toutes les terribles tensions intestines, toutes les rivalités cachées, pourrissant les couloirs de B. Palace se trouvent balancées sur la place publique… devenant « Affaires d’Etat »…
Autant dire qu’en ce dimanche d’août 1997, Betty n’est pas particulièrement d’humeur folichonne.
Ça ressemble à un docu-fiction BBC, ou peut-être à une parodie
non-sens dont les british ont le secret. C’est en fait un magnifique et étonnant portrait de femme que nous offre ici
Stephen Frears : Le portrait d’une lady d’un autre temps, d’une femme à qui on a appris, depuis sa naissance, que sa position lui était de Droit Divin. C’est l’esquisse d’un esprit qui n’a jamais subit aucune opposition de la part de « ses sujets » depuis son comportement héroïque lors du dernier conflit mondial. C’est l’autopsie d’une ombre seule et solitaire. Et si ce n’était que ça, on serait déjà bien content du voyage…
Mais le magicien Frears a plus d’un tour dans sa manche et on l’en remercie chaudement. Car en plus d’être une remarquable plongée dans la célèbre « retenue anglaise » (entre réserve et pruderie), c’est également un petit bijou d’humour cinglant, alternant fines pointes verbales et comique de l’absurde. La langue de Shakespeare a rarement été aussi savoureuse ! Ainsi, on accompagne Betty, bien contrariée (mais jamais caricaturale – admirable
Helen Mirren) dans la douloureuse descente aux enfers qu’a représenté cette « Semaine Noire ». On la sent résister, puis se laisser guider (manipuler ?) par un Tony Blair humain et pourtant « fragile » ; on la voit, coincée dans sa robe protocolaire, se prendre les pieds dans le tapis
peoplesque. On se surprend à découvrir une grand-mère haïssant sa belle-fille, mais regrettant la mère de ses petits-enfants, …
On découvre une femme, on découvre une culture, on découvre un humour fin et puissant. C’est énorme, foisonnant, intelligent et drôle… Que demande le peuple ?
Eléonore Guerra