De
Paul Haggis, on n’attend aujourd’hui plus grand-chose, avouons-le. Sauf peut-être sa constante excellence scénaristique et dramatique.
Million Dollar Baby,
Collision ou
Mémoires De Nos Pères, … De
Paul Haggis sur la guerre en Irak ? On attendait tout. Et le plus beau est qu’il atteint exactement le degré d’excellence qu’on espérait de lui, tout en nous menant par les tripes là où on n’avait peut-être pas envie de s’aventurer.
Pour un homme qui n’a jamais dissimulé ses opinions politiques (radicalement opposées à celles du gouvernement Bush), une attaque, eu-t-elle été en règles, contre l’Armée ou la présidence Américaines aurait été bien trop simple et presque gratuite dans un climat de remise en question générale. Mais voilà, Haggis n’est visiblement pas un réalisateur de la facilité. C’est pourquoi, à travers une longue et douloureuse enquête familiale, il s’engage dans un constat humble, mais effrayant, d’une situation géopolitique gangrenée.
L‘homme balade sa caméra dans les décombres d’une société perdue dans sa fuite en avant, et déroule une lente investigation qui, par sa singularité et son intimité, en devient une démonstration universelle des effets dévastateurs de la guerre sur la psyché humaine. Les hypothèses et révélations s’égrainent alors jusqu’à la terrible conclusion. Finalement, le soldat brisé (de même que ses « camarades » d’infortune) prendra progressivement l’apparence de son cadavre : méconnaissable et inhumain.
Le symbole est là (le drapeau américain retourné), Haggis est loin de s’en cacher. Pourquoi le ferait-il ? C’est la guerre qu’on accuse ici, dégénérative et immonde. C’est la peur et la solitude qu’on regarde ici, terrifiés et ahuris. C’est dans la peau d’une jeune enquêtrice révoltée qu’on se voit propulsés… mais c’est la retenue de
Tommy Lee Jones et le regard de ce père dévasté et trahi par ses convictions qui nous font pleurer.
Eléonore Guerra