Après le bouleversant
Je Vais Bien, Ne T'En Fais Pas,
Philippe Lioret nous offre, avec
Welcome, un nouveau film émouvant. Il prend aussi le risque de se frotter à un sujet d’actualité on ne peut plus délicat, à savoir l’immigration clandestine, et les mesures prises pour lutter contre ces « étrangers indésirables ». C’est un sujet dangereux, que le réalisateur maîtrise avec tact et pudeur, tout en offrant une vision très (trop ?) partisane et dénonciatrice.
Bilal est un jeune Irakien, arrivé à la force de ses jambes jusque dans le Nord Pas de Calais. Son intention est de passer en Grande-Bretagne, là où se trouve la fille qu’il aime, Mina. Mais face à tous les moyens mis en place pour lutter contre l’immigration clandestine, il se retrouve bloqué en France. Condamné à voir, à l’horizon, les plages anglaises, si proches mais si lointaines. Il décide alors de prendre des cours de natation, pour atteindre la terre promise à la nage, et rencontre Simon, un maître-nageur, qui va décider de l’aider.
Cet homme, c’est
Vincent Lindon, qui campe un personnage détruit par le départ de sa femme, Marion (magnifique
Audrey Dana), une fervente militante des droits de l’homme. Il recueille Bilal dans le but d’impressionner sa femme. Mais il va finir par s’ouvrir à la détresse du jeune homme, et par admirer sa ténacité, sa volonté, et aussi son idéalisme. Simon va peu à peu voir en Bilal un fils. Mais
Philippe Lioret ne se contente pas d’en faire un fils « spirituel », puisque Simon présente même Bilal comme son fils devant les autorités ! Chapeau, Mrs les scénaristes !
Une relation magnifique et émouvante.
Le film a aussi le courage de dénoncer la manière dont sont traités les clandestins. Comment ils sont rabaissés dans leur humanité, pourchassés et humiliés. Certains diront que c’est trop, que ce n’est pas la réalité. Cependant, précisons que
Philippe Lioret ne fait pas ces hommes des gens parfaits. Ils commettent aussi des erreurs. Tout le monde n’est pas tout blanc !
Bilal est interprété par
Firat Ayverdi, qui trouve ici son premier rôle. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il interprète magnifiquement un très beau personnage, avec une incroyable justesse. Il ne transforme pas son personnage en victime, mais en jeune homme idéaliste et déterminé, prêt à affronter les tankers de la Manche. Un David contre Goliath des temps modernes. On espère vite le revoir sur nos écrans.
La mise en scène est tout en finesse et en élégance simple. Le réalisateur a réussi à éviter de tomber dans le pathos et l’émotion dégoulinante. Le sujet et l’interprétation font naître d’eux-mêmes l’émotion et la réflexion.
Un très beau film, comme on aimerait en voir plus souvent dans le cinéma français. Philippe Lioret s’impose définitivement comme un grand réalisateur. Puisse-t’il continuer longtemps dans cette voie là. On attend son prochain film avec impatience !
Anne-Louise Echevin