Les cinéastes
Joseph Cesarini et
Jimmy Glasberg signent un premier documentaire réussi sur un sujet sensible : la vie en prison. Si l'univers carcéral est a priori guère attrayant et divertissant, et peut être sujet à polémique, ici, ce n'est pas l'effet escompté. Le film s'attache seulement au quotidien des détenus.
Tour à tour, dix hommes de la populaire prison des Baumettes à Marseille s'expriment sur le milieu pénitentiaire. Leur récit est émouvant car ils se mettent véritablement à nu en confessant leurs névroses, leurs craintes, leurs doutes mais aussi leur désespoir, le tout avec beaucoup de pudeur. Ses confidences sont facilitées notamment par le fait que ce soient les détenus qui filment et par l'utilisation de la « caméra-poing » (caméra tenue à bout de bras).
Le film met prodigieusement en avant, à travers les différents conflits, la difficulté de vivre avec un inconnu, parfois de culture et de religion différentes, dans une cellule de 9m2. Les témoignages sont plus ou moins intéressants selon la personnalité du détenu. En effet, ces hommes ne se ressemblent pas, certains sont drôles comme Nordine, d'autres plus « graves » et touchants (Bruno). Leurs interventions pertinentes sont toujours empreintes de sincérité et de spontanéité. Nous pénétrons dans leur intimité sans aucun voyeurisme, ce qui est assez rare. Le seul décor est la reconstitution exacte d'une cellule de 9m2, si bien qu'à un moment, le spectateur finit par ressentir une impression d'enfermement, sentiment accentué par quelques longueurs dues au manque de peps de la mise en scène.
En plus de nous faire partager les déclarations de ces « hors-la-loi », cette expérience cinématographique suscite de nombreuses interrogations sur l'univers carcéral de manière générale, mais également sur le (dys ?)fonctionnement du système judicaire français… En sortant de la salle, le trouble nous envahit tant le sujet et la réalisation sont poignants.
Fanny Cairon