Il était une fois, une famille comme il faut dans une petite ville américaine tranquille, menant une existence modeste mais belle et pleine de joie de vivre. L'ado est amoureux et se fait chambrer par le gros dur du lycée, le père travaille dans un coffee sans grande classe mais convivial où tout le monde se connaît, la mère aime follement son mari et satisfait toutes ses envies. Tout est paisible et beau, tout est bien dans le meilleur des mondes. Quoi que, si l'on gratte un peu, la brutalité, la bestialité et les instincts se réveillent. Car après un acte de barbarie forcé pour sauver des vies, la violence fait surface dans tout ce qu'elle a de plus sale. Tel est le parti pris du nouveau film de
David Cronenberg.
Après
Existenz ou plus récemment
Spider, le réalisateur passe l'american way of life au vitriol et nous sert une vision âpre et sans appel de la société actuelle… Du moins c'est que l'on espère après avoir vu son film. Car, en réalité,
A History of Violence peut se lire à deux niveaux : au second degré, c'est un pamphlet corrosif contre les sociétés de consommation et l'état d'esprit de l'Homme, ou comment la violence s'insinue peu à peu dans une vie, la meurtrit et finalement la rend "plus forte". De ce point de vue, tout est dans le titre : la violence est le personnage principal. Pour mieux dénoncer et souligner son propos, le réalisateur enchaîne les gros plans sur les lambeaux de chair et les mares de sang, les scènes de sexe bestial et torride, les clichés des bagarres entre ados et flirte avec la parodie de film de gangster à la
Scarface.
Par contre, au premier degré,
A History of violence sonne cruellement creux. Le film prend son temps pour nous montrer chaque détail de choses que l'on a deviné, frôle parfois le ridicule, accumule les clichés, les images chocs pourtant pas choquantes et les scènes inutiles, les acteurs semblent faire leur geste au ralenti et l'histoire tombe rapidement dans le rocambolesque… On passe alors au dessus ou carrément à côté d'un film que l'on peut difficilement prendre au sérieux. Comme on dit, la violence n'est pas toujours nécessaire - et de ce point de vue, cette histoire de violence non plus.
Toute la question est de savoir ce que le réalisateur a voulu faire dire à son nouveau film -
David Cronenberg ne défendant aucun point de vue défini. Même si, dans tous les cas,
A history of violence nous laisse un peu sur notre faim et s'annonce comme un petit cru pour un réalisateur autrefois beaucoup plus inspiré…
Aurélie Maulard