A quoi bon ? Pourkoipa !
A quoi bon aller voir ce film allez vous dire. Avec un titre pareil et la clique d'
Edouard Baer, on va encore avoir droit à une énième remise en question de la vie par un dandy certes craquant et séducteur mais vivant à part entière sur la Lune, voire Mars ou Jupiter. Ceux qui diront ceci n'auront pas forcément tort - sauf que le sieur Baer a prévu une fusée spéciale pour le rejoindre sur sa planète. Car même après un début somme toute classique, l'histoire part en vrille et s'envole dans l'espace temps. Monsieur
Edouard Baer ne fait jamais rien comme tout le monde, et ce n'est pas plus mal. A un cinéma français en manque d'inspiration, à une télévision en pleine décadence, il fait un pied de nez magistral avec ce grand bain d'absurde à l'état brut, ce grand bordel parfaitement maîtrisé. En grand maître de cérémonie, il s'intéresse à une myriade de personnages caricaturaux à l'extrême, à des bouts de vie, d'amour, de détresse, de nostalgie, puis détourne son attention sans rien approfondir, comme un enfant oubliant sa peluche favorite pour un jouet plus neuf. Car finalement, le but du film n'est pas là. Ce qui compte, c'est cet étrange revirement de situation, ce grand pari, et cet univers bien réel, similaire au nôtre mais complètement décalé, cette île inimaginable, où l'on croise parfois Woody Allen, Federico Fellini, Wes Anderson, ou même la folie follement créatrice d'Emir Kusturica.
Un pari d'originalité lancé et tenu par
Edouard Baer, scénariste-réalisateur-acteur, et sa panoplie de comédiens prestigieux connus ou inconnus, qui comme
Nader Boussandel, tirent leur épingle du jeu par tant de naturel, de spontanéité, et d'humilité.
Même si les amoureux d'un cinéma très carré et bien dans les règles vont avoir du mal à prendre leur envol, AKOIBON mérite vraiment qu'on lui laisse une chance. A quoi bon aller voir ce film ? Pour ses acteurs, ses personnages, son univers, son atmosphère, son humour, son décalage, son originalité. Et pour Edouard, bien sûr. Parce qu'il fait du cinéma différent, de la « comédie d'auteur » comme on n'en tourne pas assez. AKOIBON ? Pourkoipa !
Aurélie Maulard