Angleterre, début du 20ème siècle. Dans sa chambre froide et étroite qui surplombe l’épicerie familiale, Angel Deverell s’enferme pour écrire. La jeune fille n’a qu’une seule idée en tête : devenir une romancière à succès. Les lettres de refus se succèdent jusqu’au jour où Théo, éditeur londonien, accepte de la publier. Le conte de fée peut commencer. Derrière un talent et une imagination débordante, les traits angéliques d’Angel cachent un caractère explosif qui contraste avec le respect convenu dans la haute société de l’époque. Adulée pour ses œuvres, elle va découvrir le grand amour et l’épanouissement de la femme comblée. Seulement la vie n’a rien d’un rêve, et le temps va le lui rappeler…
Pour son neuvième long-métrage,
François Ozon signe une œuvre majestueuse. Loin des mélodrames classiques, le film nous montre l’ascension et la déchéance d’une femme hors du commun, sorte d’histoire d’amour à la sauce épicée Ozon. Dans
Angel, la légèreté remplace la lourdeur du romantisme habituel des love-stories, grâce à l’humour et au second degré. Une véritable délectation pour le spectateur. Ozon nous présente ainsi son premier film d’époque, genre cinématographique qui ne doit négliger aucun aspect pour être efficace. A la vision d’
Angel, on se dit que le réalisateur l’a bien compris.
D’abord le travail sur les costumes, magnifiques, et les décors, pharamineux, éblouit chaque seconde, notamment grâce à un esthétisme de l’image légèrement vieillot inspiré des films Technicolor des années 50. Tel un hommage aux grands films d’époque, le cinéaste propose aussi une pléiade de références cinématographiques dans sa réalisation (avis aux amateurs), une fois de plus parfaitement maîtrisée. La bande originale ensuite, signée
Philippe Rombi (
Joyeux Noël,
Swimming Pool), accompagne le récit dans un ballet lyrique d’un peu plus de deux heures. On le savait déjà,
François Ozon réussit à transmettre la beauté, le parfum et la douceur des femmes sur la pellicule comme personne. Côté casting c’est donc au tour de la voluptueuse Romala Garai d’être sublimée par sa caméra. La comédienne, incarne le personnage d’Angel. On ne voit pas qui d’autre aurait pu proposer ce mélange hautain de candeur et de séduction. Son pincement de lèvre, mimique récurrente dans le film, son regard naïf, innocent, intense et profond en même temps, charment le spectateur avec une facilité déconcertante. Enfin les autres acteurs,
Sam Neill en tête, sont tout autant convaincants.
Tout ce perfectionnisme classe
Angel dans les grandes satisfactions de ce début d’année, et risque fort de le placer dans les favoris pour les Césars 2008.
François Ozon nous livre à nouveau une oeuvre magique, qui prend la forme d’un conte de fée comme on en voit rarement. Ici l’adage « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant » n’a pas lieu d’être, et c’est tant mieux.
Alain Martino