Fin novembre, début décembre 1999, l’organisation mondiale du commerce, organisation assez obscure regroupant plus de 100 pays, tenait à Seattle la plus grande réunion sur le libre-échange jamais vue. En opposition à ce rassemblement, des milliers de manifestants étaient venu faire entendre leur voix.
Stuart Townsed, qui signe ici son premier film, a tiré de ces faits une fiction extrêmement documentarisée. Il a pris soin de mêler aux scènes tournées à Vancouver des images d’archives de la manifestation. De plus, le parti pris filmique - alliant longues focales et plans très rapprochés - nous plonge au cœur de l’action, que celle-ci se déroule lors des meetings de l’OMC ou durant les affrontements entres forces de l’ordre et manifestants.
On pense ici bien sur à
Bloody Sunday de Paul Greengrass. De la même manière que le réalisateur anglais nous faisait suivre des individualités irlandaises et anglaises au sein du groupe des manifestants, des policiers, et des politiques, Stuart Townsed nous plonge au cœur de l’événement. Mais son film joue beaucoup plus sur les ressorts dramatiques et sur la construction de destins croisées, comme Paul Thomas Anderson dans
Magnolia ou bien encore Paul Haggis dans
Collision.
Cette mise en scène semble un peu futile dans la première partie. On a un sentiment de déjà vu, et le film manque à plusieurs reprises de tomber dans le pathos, notamment avec le couple que forme
Woody Harrelson, le policier, et
Charlize Theron, sa femme enceinte. Mais Stuart Townsed évite ces écueils de justesse grâce à la nervosité qui se dégage de chacun de ses plans, et au casting, impeccable.
Et même si les séquences tournées au sein de l’OMC pèchent par un manque visible de moyen, et rendent peu crédibles les interventions politiques,
la reconstitution des conflits entre les militants pacifistes et les policiers est à couper le souffle. La montée en puissance du mouvement altermondialiste, l’incapacité du maire de Seattle à faire face à ces événements, et les violences qui en découleront, avancent crescendo, décortiquées de manière chirurgicale. Le réalisateur ne se contente pas de reconstituer des faits réels, il tente de nous faire comprendre les mécanismes d’organisation des militants, les difficultés de communication entre les différentes nations, et soulève de manière subtile la difficile question des profits économiques au détriment du respect de la vie humaine.
Cette
Bataille à Seattle c’est un peu l’histoire de David contre Goliath, et même si le parti pris du réalisateur est évident, celui-ci ne tombe jamais dans un manichéisme primaire gardant une réelle lucidité sur cette lutte entre idéaux et intérêts divergents.
Marianne Fakinos