Le film « chorale » est toujours un exercice un peu casse-gueule. Maintenir la tension autour d’une quinzaine (voire plus) de personnages à l’intérieur d’une intrigue n’est en effet pas l’évidence même. Si un Paul Thomas Anderson éblouit avec son
Magnolia, tous n’ont pas cette chance.
Soyons honnêtes, certes
Emilio Estevez – avec ses personnages à profusion (22 !) et son climax scénaristique ultra connoté (l’assassinat de Bobby Kennedy) – s’en sort avec la mention bien. Il n’évite certes pas les sentiers battus et ultra rebattus du sentimentalisme « C’était mieux avant », cependant on doit lui accorder une sincérité dans sa démarche assez rafraîchissante. Ici, point de complots secrets. Estevez est visiblement fasciné par son sujet (d’où un Bob Kennedy lisse, tout en promesses et en espoirs) et les résonances actuelles qu’il donne à son film n’en sont que plus flagrantes. Le parallèle Vietnam/Irak est bien sûr évident, même s’il est vite supplanté par le décalage gigantesque entre deux époques : notre société amorphe, désabusée politiquement et socialement face à cette image d’Epinal d’une époque où tout les espoirs étaient permis, où le changement semblait possible.
La démonstration d’Estevez est souvent facile (à grand renfort de classiques musicaux),
mais il faut avouer qu’elle fait du bien.
Enfin, comment parler de
Bobby sans évoquer le casting monstrueux qu’il réunit ?
Anthony Hopkins,
Sharon Stone,
Elijah Wood,
Laurence Fishburne, etc. On en reste sur les fesses de voir une telle liste de noms s’égrainer, d’autant qu’aucun n’a à rougir de sa performance. Malheureusement, le serpent du
star-system se mord rapidement la queue malgré lui. Alors qu’on voudrait voir des personnages se rencontrer, s’unir et se déchirer (vivre en somme), on ne peut s’empêcher de s’émerveiller de voir
Sharon Stone coiffer
Demi Moore ou
Anthony Hopkins jouer aux échecs avec
Harry Belafonte. Et le charme est rompu. Non que leur jeu soit faible, mais face à de tels monstres, les réflexes de spectateurs/cinéphiles sont redoutables. Certaines performances sont néanmoins bluffantes de justesses : une
Lindsay Lohan étonnante de retenue face à un
Elijah Wood mystérieux ; ou encore un
William H. Macy décidemment trop peu exploité à Hollywood.
Quand trop de qualité tue la qualité…
Eléonore Guerra