Bouzkachi est un film que l’on pourra qualifier de chevaleresque. Des vrais cavaliers sur fières montures dont les exploits sont destinés à faire pâmer une jeune et belle demoiselle comme dans tout bon roman de Chrétien de Troyes. Pourtant, nous sommes bien loin des terres et temps reculés du roi Arthur (mais pas si loin de sa renommée mystique), par-delà les steppes de l’Ouzbékistan où nos héros sont de véritables personnes qui témoignent sous le mode du conte et s’apprêtent à participer au Bouzkachi.
Le réalisateur et c’est très clair, place son œuvre entre la fiction et le documentaire.
Jacques Debs choisit en effet pour Bouzkachi une forme largement en vogue ces temps-ci, mais qui ne réussit pas forcément aux plus téméraires. Et
Jacques Debs l’est, téméraire. Mi conte, mi documentaire, Bouzkachi se veut une fusion entre l’homme et la nature, une fable sur le dépassement de soi. Notre regard occidental est immédiatement très sensible à la sauvage poésie des paysages désertiques, au rapport fusionnel entre le cavalier et sa monture qui donne une force expressive et des couleurs extraordinaires au documentaire.
Mais la belle fresque épique sombre dans la mise en scène éxagérée du conte oriental. Elle n’arrive malheureusement pas à nous emporter malgré l’univers artistique convoqué à travers Stasys, peintre dessinateur qui nourrit le documentaire de ces œuvres picturales.
On sent parfois à l’image de ce ballon bleu laché par Mohabat, que l’on aimerait nous aussi quitter la terre ferme souvent trop empreinte des aléas de la réalité pour épouser la magie du conte persan et du spectacle fascinant qu’est le bouzkachi. Mais l’envie s’atténue, faute au poète. Faute au narrateur qui nous suit comme notre ombre. Oui, faute à cet Hafez, qui nous gêne prodigieusement et nous coupe les ailes à grands coups d’élucubrations hermétiques déclamées à la face du ciel. Hafez, un poète qui devient même insignifiant lorsqu’il s’agit de commenter les joutes, ne délivrant qu’une parole monstrative sans grand intérêt pour le spectateur. Trop présent, trop puissant dans le film et bien entendu narrateur inutile. Il gâche vraiment tout.
Faut-il continuer ? On pourrait pour convaincre définitivement pointer du doigt l’évidence : plus l’aura du personnage est décuplée plus il en devient caricatural. C’est donc finalement l’image d’un mystique à robe longue façon Rael que Hafez revêt, plutôt que celle du dépositaire du conte ou d’un réel spectacle épique.
Sans l’empreinte du conte, Bouzkachi aurait pu être un formidable documentaire. Mais il ne reste qu’un elexir inefficace, un breuvage magique dont le charme et l’essence n’opère pas. Dommage.
Thérèse Di Campo