Qui aurait pu se douter qu’une histoire aussi banale se transformerait en une véritable petite merveille ? Le début laisse pourtant un peu perplexe. On en vient même à s’inquiéter, l’impression que les acteurs jouent mal, que la caméra manque d’assurance et laisse trop peu de place à l’improvisation dans un film qui se veut spontané. La bande-son est aussi perturbante, allant parfois jusqu’à l’insupportable (pour certaines scènes du moins). Mais très vite tout cela se renforce. La mise en scène osée surprend, la musique convient enfin et l’histoire se consolide et apporte tout son intérêt au film.
Lionel Baier, jeune écrivain homosexuel, semble bien dans sa peau et dans sa vie jusqu’au jour où il apprend par hasard qu’il a des origines polonaises. Il en est complètement bouleversé et se sent polonais corps et âme. Pour lui éviter la dérive, sa sœur décide sur un pur coup de tête de l’emmener en Pologne,
« comme des voleurs », le temps pour eux de se découvrir et de se trouver.
On décèle dans ce second long-métrage la difficulté de se filmer.
Lionel Baier en est le scénariste, le réalisateur, l’acteur et le personnage principal. La difficulté est physique, il faut savoir jouer la comédie et juger son jeu d’acteur ensuite, mais elle est aussi dans le fond. C’est pourquoi Baier prend la peine de justifier le contenu de son film et la construction de son personnage. Il lui fait parler d’autofiction, d’une autobiographie fictive où l’on prend des éléments de sa propre vie comme point de départ pour une histoire. Il est vrai que la critique est facile concernant ceux que l’on pourrait accuser de narcissisme à trop mettre d’eux-mêmes dans leur œuvre.
Lionel Baier dépeint à merveille la beauté de la complicité fraternelle. Le frère et la sœur en quête de ce qu’ils sont. Chose magnifique et rare, il a fait de son personnage principal un homosexuel sans jamais tomber dans le cliché, ni s’engager pour la cause gay. Il n’envisage aucune complexité dans la condition homosexuelle. Enfin un film qui traite de l’homosexualité dans toute sa normalité ! Ah !... quand tout le monde aura compris cela…
Le plus touchant dans ce film, c’est de voir à quel point le réalisateur prend plaisir à mettre en scène le destin de ses personnages, comme si chaque hasard avait été programmé. Le film est une véritable compilation de pensées profondes et d’émotions pures.
Lionel Baier a réussi à exprimer la poésie du réel, à reproduire sa vision enchantée du monde dans un film étonnant qui a le sourire aux lèvres. Plein d’espoir, il fait passer dans ce
« road movie » sincère et burlesque sa propre interprétation du
« carpe diem ».
Lorraine Creaser