Quatrième long-métrage de
Jacques Audiard,
De battre mon cœur s'est arrêté est le remake d'un film des années 70,
Fingers avec
Harvey Keitel. Mais peu importe que vous ayez vu ou pas ce film, que vous l'ayez aimé ou non, Audiard a fait plus que l'adapter, il se l'ai parfaitement approprié.
Ayant suivi jusque-là les traces de son père comme marchand de biens immobiliers véreux, Tom, presque la trentaine, voit sa vie bouleversée par une rencontre fortuite. Celle-ci va le pousser à se remettre au piano, qu'il avait arrêté depuis la mort tragique de sa mère, une concertiste réputée. Continuant parallèlement son métier, il se contraint à un entraînement draconien pour être prêt à passer son audition, avec comme professeur une jeune pianiste chinoise fraîchement débarquée en France, ne parlant pas un mot de notre langue. Ce choc des cultures nous offre l'une des scènes les plus remarquables du film, où Tom et Miao-Lin se disputent dans un langage de signes, de codes et de musique. Ni lui ni nous ne comprenons la langue de Miao-Lin, mais ce qu'elle dit dégage curieusement une incroyable force.
Contrairement à son dernier film
Sur Mes Levres, ici, tous les personnages parlent. Mais tout est manque de communication, entre le père et le fils, entre les squatteurs et les propriétaires, entre la prof et l'élève, entre le mari et sa femme… C'est la musique qui unit les personnages, en bien - dans la relation entre Tom et Miao-Lin -, ou en mal - lors de la scène difficile mais sublime où les squatteurs se font violement virés d'un immeuble sur fond musical du
«Locomotion» de Killy Minogue ! -. Et si le scénario semble parfois s'échapper vers des histoires futiles et sans lendemain (les relations entre Tom et Aline ou entre Robert et Chris), il sait revenir quand il le faut sur Tom et son combat, son combat pour la vie, pour sa mère disparue, et pour son père englué dans des problèmes mafieux et sentimentaux.
Emouvant mais pas larmoyant, violent mais non agressif,
De battre mon cœur s'est arrêté est une œuvre forte, vraie, dans la juste lignée de ce que nous avait déjà offert son réalisateur avec ses trois précédents films.
Amélie Chauvet