Deux ans ont passé depuis l’élection de Lok. Le président de la Wo Sing est parvenu à maintenir son empire au plus haut niveau, aidé notamment par Jimmy, gangster au regard froid mais à l’efficacité terrible, qui pourrait prendre la tête du clan lors du prochain vote. Lorsque l’on a goûté au pouvoir, difficile de le laisser s’échapper. Lok va donc tout tenter pour se faire réélire, délaissant les traditions pour adopter une brutalité inqualifiable.
Plus sombre, plus sanglant que son prédécesseur,
Election 2 possède les mêmes atouts. Ces derniers en font un résultat grandiose, qui classe définitivement le diptyque dans la catégorie des œuvres majestueuses.
Johnnie To filme cette suite comme le premier opus, avec grande classe et sens du lyrisme. Appliquant ou oubliant les lois qui constituent le principe même d’une triade, les personnages basculent dans une violence dont l’intensité fige le spectateur. On découvre médusé les châtiments destinés aux malheureux dont l’opinion diffère des autres. Certaines scènes vont jusqu’à procurer le goût métallique du sang dans la bouche : lorsque Jimmy dépèce un homme en petits morceaux pour nourrir un chien affamé auquel un autre homme est attaché, ou quand son fidèle bras droit mutile plusieurs ennemis à coups de sabre avant de succomber à son tour à une mort lente et douloureuse.
Ces séquences contrastent avec la beauté des collines verdoyantes chinoises et les rues nocturnes d’Hong Kong, éclairées par une foule d’enseignes clignotantes. Les images du réalisateur puisent leur force dans une mise en scène parfaite. La barbarie côtoie de rares moments d’émotions : le fils de Lok qui découvre un monde similaire dans sa cour de récré, le sceptre à tête de dragon cachée dans la tombe de sa mère, la femme de Jimmy annonçant un heureux événement… Décidemment
Johnnie To sait tout faire. Le maître d’œuvre démontre un talent trop longtemps sous-estimé.
Si la violence est omniprésente à l’écran, ce n’est certainement pas elle qu’il faut retenir du long-métrage.
Election 2 propose la vision d’un cycle perpétuel, un cercle vicieux dans lequel vivent les membres des triades. Et ce particulièrement pour les plus hauts placés. Jimmy aimerait tout quitter pour fonder une famille. Il souhaite également poursuivre ses affaires - légales - dans plusieurs territoires, dominés par d’autres clans à la soif de pouvoir similaire. Mais ses liens de sang passent après la pérennité de la société. Lié jusqu’à la mort au milieu de la corruption, il se retrouve enchaîné, témoin d’un monde où les destinées s’achèvent subitement pour une affaire de succession et où la loi du plus fort n’a jamais été autant respectée.
A voir, définitivement.
Alain Martino