Après
Flamenco et
Tango,
Carlos Saura continue de s’intéresser à la musique et à la danse. Ici, au fado, une musique portugaise, apparue à la fin du XIX siècle. Filmer la musique est, on le sait, éminemment esthétique et cinématographique. Y a-t-il un objet de plus beau qu’un instrument de musique ? Quelque chose de plus harmonieux que des doigts qui se déplacent avec une agilité et une rapidité renversantes sur les cordes d’une guitare (sèche ou portugaise) ? Quelque chose de plus gracieux que la danse qui accompagne une musique ? Quelque chose de plus émouvant qu’un chanteur qui chante de la poésie d’une voix tremblante d’émotion ?
Carlos Saura filme ces artistes fantastiques, qui mettent toute leur âme dans leur musique. Mais il ne s’agit pas de faire de
Fados qu’une simple succession de tableaux musicaux.
Ce que Saura met en exergue dans son film, c’est à la fois la forte identité nationale d’une musique, mais aussi sa capacité d’évolution et d’adaptation.
Le film insiste sur l’identité lusitanienne du fado. Dans un passage, il nous montre les débuts de cette musique, dans les quartiers pauvres des villes portugaises. Aujourd’hui encore, le fado est indissociable du Portugal et de ses anciennes colonies, comme le tango reste associé à l’Argentine, et le Flamenco à l’Andalousie. Cet hommage au Portugal, à Lisbonne, se fait grâce aux arrières plans dans certains tableaux musicaux. Dans ces cas là, il n’y a pas de chorégraphies, et Saura nous fait entendre le fado « classique ».
Ce qui ressort aussi de Fados, c’est la capacité d’universalité et de mixité que recèle cette musique. Dans les interprètes : certains portugais, d’autre brésiliens… Pas de racisme dans la musique ! Mais aussi, dans le fado lui-même. Et c’est pour cela que le film s’intitule
Fados : il n’y a pas un seul fado, mais des multitudes. Chaque chanteur y apportent sa touche, sa personnalité. Certains restent dans le classicisme le plus formel, mais apporte, par leur voix ou leur présence, un élément unique qui leur fait créer leur propre fado. D’autres artistes ont réussi à adapter le fado à d’autres musiques : ainsi, on croise un jeune chanteur de reggae, des rappeurs, ou un magnifique duo entre un chanteur de flamenco et une chanteuse de fado moderne.
La danse est là pour appuyer cette universalité de la musique. On y retrouve des danses africaines, du flamenco, de la danse classique, ou de la contemporaine. Dans tous les cas, la musique et la danse restent en totale harmonie. Pas sûr que l’alliance entre rap et danse classique puisse marcher. Pour le fado, l’adéquation est totale.
Le spectateur n’a alors plus qu’à se laisser porter par cette musique, le fado, «
qui est chanté les yeux clos, mais c’est avec les yeux grands ouverts qu’il faut le regarder et l’écouter, avec le cœur plein de sentiments ».
Il faut juste résister à une forte envie de se lever et d’applaudir après chaque tableau.
Anne-Louise Echevin