Il le savait, on l’attendait au tournant. Quatre ans après avoir connu le succès pour
Les Choristes, il lui était INTERDIT de refaire un film avec de la musique, des chansons et
Gérard Jugnot. Mais voilà,
Christophe Barratier reprend les mêmes et récidive. Et contre toute attente (et notre mauvaise foi), il a bien fait, en mieux.
Cette fois, il nous conte la belle et grande histoire du
Faubourg 36 dans un Paris des années 1930.
Entre la comédie musicale et la comédie dramatique, il dépeint un Paris, pas tout à fait réel, pas tout à fait imaginaire. On pense forcément au
Moulin Rouge de Baz Luhrman mais, au lieu d’opter pour une caméra tournoyante et un montage hystérique,
Christophe Barratier préfère le plan travaillé, la caméra sur pieds. Car ce qui interpelle en premier lieu, c’est la beauté visuelle, saisissante dès le premier plan-séquence qui n’est pas sans rappeler la cultissime entrée d’Henry Hill au Copacabana dans
Les Affranchis du maître Scorsese. Barratier passe du travelling sur rails à de longs plans fixes, du plan très large sur le faubourg au très gros plan sur les visages, le tout avec une impression de fluidité surprenante. De beaux plans, donc, mis en lumière par
Tom Stern, le chef opérateur de
Clint Eastwood. Ça se passe de mots.
Côté casting, on n’y croyait guère (encore la mauvaise foi). Outre un Jugnot un peu trop tire larme, un peu trop franchouillard, les acteurs sont irréprochables. Oui, Kad, Clovis et Gérard poussent la chansonnette et s’en sortent plutôt pas mal. Citer tous les bons seconds rôles vivant au Faubourg 36 serait trop long mais signalons tout de même que
Pierre Richard est tout simplement excellent. Côté musical, encore une fois, aucun faux-pas. Barratier s’immisce dans l’univers du music-hall mettant aux commandes
Reinhardt Wagner et
Frank Thomas. Deux auteurs extravagants qui signent les chansons et les airs d’accordéons. Prenez note, l’unique figure féminine,
Nora Arnezeder est une actrice à suivre.
C’est indéniable, le
Faubourg ressemble aux
Choristes. On y retrouve les bons sentiments, la relation père-fils, les vertus de l’amitié, la rédemption par la musique…
Mais ce conte humaniste est porté par une énergie visuelle qui donne au film un côté euphorisant dont il serait dommage de se priver.
Mathilde Grosjean