Ferien (qui signifie « vacances » en allemand) est à déconseiller à plusieurs catégories de personnes : à ceux qui détestent les vacances en famille (et qui verraient leur pire cauchemar matérialisé à l’écran), aux fans des films hollywoodiens (quand ça explose de tous les côtés, le tout accompagné de musique grandiloquente) et à ceux qui aiment les films à dialogues (parce que là, il n’y en a pas beaucoup).
On peut par contre le conseiller aux personnes appréciant ce courant épuré et minimaliste du cinéma allemand et scandinave, dont le but est de dépeindre la réalité avec le moins d’artifices possibles.
Ferien raconte l’histoire d’une famille qui se retrouve pour les grandes vacances. Et comme cela arrive souvent, ils vont tous se déchirer et faire exposer les rancoeurs qu’ils ruminent les uns contre les autres. On ne tombe pas pour autant dans une explosion familiale à la
Festen, film qui reste encore inégalé dans ce genre (que ce soit sur le plan du scénario ou de la mise en scène), même si
Ferien a certainement été influencé par le film culte danois.
Le réalisateur donne au cadre de ce drame une dimension irréelle. Pour accéder à la maison de vacances, les personnages doivent s’enfoncer dans la forêt, et on se doute qu’ils n’en sortiront pas comme avant. La maison elle-même se trouve dans un paysage trop beau pour être vrai : tout y est plus lumineux, plus beau, plus calme, plus reposant. C’est le moyen qu’a trouvé le réalisateur pour mettre en valeur les passions qui se déchaînent.
Mais c’est en réalité un bien grand mot, puisque tout est dans la retenue. Parfois la colère éclate, mais rarement. Toute la tension est surtout dans le silence existant entre des personnes qui n’ont plus rien à se dire. Les acteurs sont plutôt bons, même si le scénario ne leur permet pas de faire un usage varié des différents modes d’expression qu’ils peuvent avoir, puisque tous leurs sentiments sont ici intériorisés. Mais ils arrivent cependant à rendre palpable la silencieuse tension qu’ils ont en eux.
Le cadre idyllique met parfaitement en valeur la tension ambiante. Mais à force de non-dit, l’attention du spectateur peut avoir tendance à s’émousser, même s’il ne s’ennuie pas. Cependant, les adeptes d’un cinéma expressif ou plutôt « artificiel » risqueront d’être vite lassés par cette histoire germanique. Les autres apprécieront, sans pour autant être transportés.
Anne-Louise Echevin