On a beaucoup parlé des frères Affleck au dernier festival de Deauville : le si décrié Ben braquant sa caméra sur le discret Casey pour une adaptation de
Dennis Lehane (auteur déjà adapté par Clint Eastwood et prochainement porté à l’écran par Martin Scorsese). Mouais. Oui, mais ce serait trop vite oublier qu’avant d’être le
sex toy des Jennifer, Ben était un scénariste remarqué et un acteur aux (trop rares) éclairs d’audace. Ce serait trop vite ignorer le talent cruellement méconnu de Casey (loin des paillettes de la trilogie
Ocean’s). Et ce serait, bien sûr, occulter la richesse du matériau de départ.
Alors qu’en est-il de
Gone Baby Gone ? Bien, une chose semble sûre : cet automne, la mode est aux polars US mordants et à côté de
7h58 Ce Samedi-là et de l’excellent
La Nuit Nous Appartient, le petit dernier est loin d’être ridicule.
Si l’on vous en dévoilera le moins possible sur l’intrigue, on ne pourrait, en revanche, s’empêcher de vous conseiller de plonger dans cette sombre histoire d’enlèvement d’enfant. D’abord parce que rarement on aura filmé de façon aussi personnelle un personnage principal atypique : les bas quartiers de la ville de Boston. Explorés par des enfants du pays, ils revêtent un visage humain troublant.
Ensuite, parce que pour une fois face à une intrigue criminelle juridiquement et moralement complexe, on s’éloigne des sentiers manichéens de la Justice telle qu’elle est continuellement montrée dans les séries policières US qui nous bombardent. Et si l’on s’investit un tant soit peu dans cette terrible et insidieuse affaire,
on ne sortira certainement pas indemne dans nos convictions. Peut-on (doit-on ?) faire le mal pour engendrer le bien ? Et comment définir cette notion de « Bien » ? Comment trouver l’équilibre entre légalité et morale, Justice et intime conviction ? Et, malheureusement, après réflexion, les réponses demeurent loin d’être évidentes. Ce n’est d’ailleurs pas le réalisateur qui nous les donnera volontiers : entre défaite perpétuelle de la Justice et de la morale et galerie de sinistrés de la société, au final, tous tentent de trouver un coin de dignité… même si peu y parviendront.
Loin de juger, la caméra d’Affleck, regarde – entre empathie et choc – ce ballet de gueules cassées. Un regard qui, par son malaise, fait étrangement du bien.
Eléonore Guerra