L'Albatros,
Les Dragueurs,
Bonsoir,
Le Furet… Les années passent, la filmographie s'agrandit, et pourtant rien ne change beaucoup chez
Jean-pierre Mocky. Les personnages sont plus ou moins les mêmes, le montage toujours aussi nouvelle vague, les costumes flashies et inconcevables, les acteurs tournés à la dérision et filmés dans les pires situations… Le cinéaste garde la même recette depuis des années. Et depuis des années, ses films sentent bon les fonds d'armoire et les greniers inhabités. Ici, un fonctionnaire de la préfecture de police aide un commissaire à mettre à jour un trafic de cartes de séjour. Mais finalement, comme souvent chez Mocky, l'histoire importe peu. Les gens meurent assassinés sans que l'on s'en soucie vraiment - que voulez-vous, c'est la vie. La grande différence, c'est que le cinéaste fait des films sans plus y croire - pire, sans y prendre de plaisir. Difficile dans ces conditions pour le spectateur d'en prendre aussi…
Le jeu sur joué des acteurs, les décors, les costumes, les répliques, tout sonne faux, comme d'habitude, mais aujourd'hui tout sonne creux. Seul
Michel Serrault s'amuse à casser son image pour incarner ce commissaire vieillissant en botte de cuir, cape noire et pantalon moulant, mangeant à longueur de temps à être répugnant. Le film ne dénonce rien, n'explique rien et ne résout rien, et l'on passe 1h30 à jongler entre sa montre et les images qui défilent sur l'écran. Décidemment, Mocky ne trouve pas sa place dans le cinéma d'aujourd'hui - à moins qu'il ait une nouvelle fois crée un genre à part entière. Mais le résultat n'en est pas moins décousu, pantelant et finalement ennuyant. Comme un pantin sans les fils de son marionnettiste, intemporel et pourtant dépassé,
Grabuge s'efface et s'oublie sans faire de dispute.
Aurélie Maulard