Avec l’histoire d’Harvey Milk, premier homme politique gay élu à des fonctions officielles aux Etats-Unis,
Gus Van Sant dresse le portrait émouvant d’un homme, de son combat, et, à travers eux, de toute une époque, une société. Celle du San Francisco des années 70, berceau de la culture gay.
Emblème de la lutte pour les droits des homosexuels depuis toujours, San Francisco joue un rôle prépondérant dans le film, au-delà de la simple ville. On la retrouve d’ailleurs ça et là dans des images d’archives retravaillées pour un rendu d’autant plus réaliste.
Le réalisateur use ainsi de certaines figures de style mais sans jamais en abuser, donnant au film une âme, tout en faisant écho à ses autres œuvres.
Et si Harvey Milk est peut-être plus abordable que certains autres films de Van Sant, il n’en est pas pour autant plus classique. L’ensemble recèle un travail minutieux et intelligent, tant au niveau de la photographie - qui n’est pas sans rappeler celle d’
Elephant (elle est d’ailleurs signée du même directeur de la photo
Harris Savides) – que de la musique, tout simplement sublime.
Au centre de cette ville, un homme, Harvey Milk, porté par un
Sean Penn brillant, jouant dans un registre parfois inattendu. Capable de faire passer des émotions intenses par de simples gestes et regards, l’acteur habite littéralement son personnage. Un héros comme souvent chez le réalisateur incompris ou en marge des autres, que Van Sant porte sur le devant de la scène avec humilité et perspicacité.
Entouré de comédiens tout aussi talentueux –
Emile Hirsch,
James Franco ou
Josh Brolin - le personnage de Milk n’en est que plus attachant.
Un parfait équilibre dans le scénario entre l’œuvre politique de Milk et sa vie privée fait en effet du personnage quelqu’un d’avant tout humain et émouvant. A l’image de cette remarquable scène, au début du film, du coup de foudre dans le métro entre
Sean Penn et
James Franco.
C’est aussi grâce à cette humanité que l’on suit avec encore plus de passion son combat. Un combat qui a de nombreux échos au-delà de la cause homosexuelle, et qui est malheureusement d’une modernité sans faille, avec une triste résonance dans l’actualité où, trente ans après le combat de Milk, un référendum vient de rejeter le mariage homosexuel en Californie.
Amélie Chauvet