Depuis la mort de son père, Hugo Cabret (
Asa Butterfield) vit, caché dans les murs d'une gare parisienne. Terriblement seul, le jeune orphelin occupe ses journées à régler les horloges et à chaparder de quoi manger en évitant de tomber sur le chef de gare (
Sacha Baron Cohen). Mais quand vient le soir, c'est une autre mission, bien plus importante à ses yeux, qui l'accapare : réparer un mystérieux automate que lui a laissé son père (
Jude Law). Comment aurait-il pu imaginer que ce drôle d'objet lui ferait croiser la route de la fantasque Isabelle (
Chloe Grace Moretz) et de son Papa Georges (
Ben Kingsley) ?
Il est plutôt amusant de constater que les deux longs-métrages qui ont marqué la fin d'année 2011 (et les derniers Oscars) rendent hommage aux origines du Septième Art. En effet, chacun d'un côté de l'Atlantique, le Français
The Artist de Michel Hazanavicius (qui suit la chute d'un héros du cinéma muet à Hollywood) et l'Américain
Hugo Cabret de
Martin Scorsese (redécouvrant l'art de Georges Méliès à Paris) ont entraîné le spectateur dans les souvenirs émus du Cinéma. Il est encore plus cocasse de s'attarder sur les deux sentiers diamétralement opposés qu'ont choisi de suivre Hazanavicius et Scorsese dans leurs démarches artistiques : alors que le Français s'est engagé sur la voie de l'hommage/imitation (film en Noir&Blanc, muet et reprenant tous les codes des 20's), l'Américain saute à pieds joints dans l'hommage/extension (long-métrage en 3D, visuellement explosif, malicieusement débridé, usant des "trucs" d'illusionniste).
Deux aussi belles déclarations d'amour à la lanterne magique, c'est presque trop beau.
Lorsque
Martin Scorsese a annoncé son désir d'adapter un roman pour enfants (
L'Invention d'Hugo Cabret de
Brian Selznick) avec un film attendu pour Noël, beaucoup se sont gaussés. Quoi, le réalisateur de
Taxi Driver et
Les Infiltrés devenait-il gâteux ? C'était évidemment mal connaître le bougre. Véritable homme de cinéma et fervent défenseur de la restauration/préservation des oeuvres filmées (Scorsese est le chef de file de la
World Cinema Foundation), le cinéaste s'apprêtait plutôt à réaliser une sorte de rêve de gosse : reconstituer - pour les petits et les grands - les débuts naïfs et émerveillés du Septième Art.
Mêlant astucieusement réalité (à grand renfort d'archives rares et d'un soin religieux du détail) et fiction,
Hugo Cabret nous entraîne dans une aventure narrative et visuelle enchanteresse, dans laquelle un jeune garçon aux grands yeux parfois tristes - personnification du Cinéma - part en quête de ses origines avec une obsession du plaisir artisanal. Pittoresque et picaresque,
Hugo Cabret s'autorise tout, passant du rire aux larmes, de la 3D aux images tressautantes de Georges Méliès, et revisite avec tendresse les fantômes d'un passé pas si lointain. Le résultat est tout simplement magique.
Laissons le mot de la fin à Papa Georges : "
Venez rêver avec moi".
Eléonore Guerra