Marie est une jeune femme séduisante, enjouée, et animée par sa passion pour le piano. Emma, une beauté froide dissimulant mal blessures et frustrations refoulées, est plutôt du genre solitaire et retirée. Dans l’embrasure d’un appartement lyonnais, les amies d’enfance perdues de vue se retrouvent pour tenter l’expérience de la coloc’. L’une brune et lumineuse séduit, l’autre blonde et obscure, inquiète et dérange.
Présentation des personnages faite, on comprend vite que le malaise va arriver a grand pas. Emma, personnage ambigu, tantôt veuve noire, tantôt mante religieuse, exerce un étrange pouvoir sur Marie. Un pouvoir d’abord autoritaire et maternel qui se transforme rapidement en emprise sexuelle. La jolie Judith Davies, qui joue la fille naïve et inconsciente de ses charmes, se laisse d’abord aller aux avances d’une
Isild Le Besco à la fois fascinante et envahissante devenant vite la figure du grand méchant loup. On avance alors vers l’inéluctable et violente déception amoureuse. Marie rejette progressivement Emma de plus en plus possessive. L’une semblant porter le deuil s’enfonce dans sa passion obsessionnelle, pendant que l’autre, renaissant à travers les notes vibrantes du clavier finit par voir en sa colocataire une furie vorace et fuir leur appartement véritable prison.
Sous le signe de l’ambiguïté et de la tension érotique, flirtant parfois avec le thriller,
Sophie Laloy nous tisse un drame intimiste et subtil sur le désir et ses contradictions, pour ne pas dire sa cruauté. Ne tombant jamais dans la crudité, la dimension charnelle s’empare de la caméra et nous parle avec esthétisme de ce désir entre beauté et inquiétante noirceur.
Le fil de l’intrigue se déroule de manière plutôt convaincante en proposant un face à face malsain, entre deux jeunes femmes, jouant tour à tour le rôle du bourreau et de la victime. Dans cette valse érotique du huis clos, entre séduction et répulsion, on ne sait plus très bien qui souffre. L’objet de la passion où bien celle dont le désir ne peut être assouvi ? Qui est bon ? Qui est mauvais ? Que désire Marie ? On ne pourra jamais trancher.
Le tout est cependant entaché par l’intrusion du romanesque. Là où
Isild Le Besco est convaincante c’est lorsqu’elle parvient à l’image d’une héroïne qui rappelle
La Pianiste de Michael Haneke, à incarner avec force le rôle complexe d’une jeune femme frustrée a double visage, perverse et sensible. Cette image est souvent brisée par une touche tragico-romanesque qui désamorce la tension. Alors, on se croirait parfois dans
La Belle Personne de Christophe Honoré, sauf que Marie n’est pas Madame de Clèves et Emma encore moins un soupirant pur et tendre envers l’objet de son désir.
Thérèse Di Campo