Pour son quatrième long-métrage,
Nicole Garcia adapte à l’écran le livre d’
Emmanuel Carrère,
L’adversaire. A partir de cette histoire vraie, "l’affaire Romand", elle réalise un film simple mais poignant. La réalisatrice ne tente pas de donner une explication ou un jugement sur les faits. Elle nous montre juste la mise en scène de l’effroyable cercle vicieux dans lequel est tombé Jean-Claude Roman (devenu pour le film Jean-Marc Faure).
A la fois fascinant, troublant et répugnant,
Daniel Auteuil interprète librement (Roman étant blond, plutôt gros et enjoué) et magnifiquement ce personnage. Il dégage une émotion forte de part son regard, ses gestes, ses paroles. Ses talents de grand acteur ont été remarquablement mis en valeur par la réalisatrice. Elle a su le filmer, trouver les angles, les lumières (à noter le très beau travail du chef opérateur
Jean-marc Fabre), les mouvements de caméra propices à chaque émotion de l’histoire.
Nicole Garcia réussi grâce à cela à maintenir tout au long du film une ambiance angoissante, pesante et lourde d’interrogations. Le tout soutenu par la magnifique musique d’
Angelo Badalamenti (
Mulholland Drive), oppressante mais jamais gênante.
Le livre d’Emmanuelle Carrère s’étale sur vingt ans, retraçant complètement la construction puis l’effondrement de la vie de Jean-Claude Roman.
Nicole Garcia a elle plus accès son film sur la fin du mensonge, nous révélant progressivement sa mise en place. Avec des choix narratifs et une chronologie difficile, pas évidente à filmer et à monter, elle risque de rebuter certains spectateurs.
Une fiction très emprunte de la réalité, ce qui la rend d’autant plus émouvante et dure. Mais, ce rendu très fidèle de l’affaire Roman engendre certaines faiblesses scénaristiques. Le film ne va pas jusqu’à l’enquête et au procès. Il s’arrête juste après le drame. Néanmoins, sont insérées dans le scénario quelques séquences où l’on voit des proches de Faure (Marianne et Luc) au cours d’interrogatoires de police. Mal placées et mal utilisées, ces scènes ne servent finalement à pas grand-chose, si ce n’est à accentuer le côté
"ils ne se sont rendu compte de rien... ah les mauvais amis !".
Quoiqu’il en soit, même si vous trouvez qu’il y a peu de rebondissements scénaristiques,
Daniel Auteuil trop froid ou l’action trop proche de la réalité, vous ne pourrez pas rester insensible à cet homme, Jean-Marc Faure. Vous éprouverez pour lui à la fois de la compassion et de l’incompréhension. Le film a ce quelque chose qui saura vous interpeller… et rien que pour cela, il est déjà très réussi.
Amélie Chauvet