L’audition est un film qui prend aux tripes, qui touche en plein cœur et ne s’embarrasse pas de discours psychologiques ou intellectuels.
Ce qui intéresse
Luc Picard c’est la force émotionnelle qui peut se dégager d'une image, d'un regard, d'un geste. À l’instar de Louis, le personnage qu’il incarne et qui doit apprendre à ne plus se regarder jouer pour enfin vivre ce qu’il joue, le réalisateur évite les effets de styles inutiles, les clichés, va simplement à l'essentiel en nous livrant
un film brutal et vivant.
En observant minutieusement les petits détails qui construisent le quotidien, il nous parle de la difficulté à exister, entre les choix et les compromis d'une vie. La vie de Louis et Susy, justement, semble déjà bien avancée, mais ils tentent encore, tant bien que mal, de se trouver.
Ce point de départ aurait pu faire de
L'audition un film pesant, donner une vision désespérée, mais
Luc Picard a l'intelligence d’accorder aux spectateurs de grandes bouffées d'air visuelles.
Par l’intermédiaire de scènes très drôles d'abord. Le ressort comique n'est jamais forcé, simplement engendré par le décalage de ces personnages qui se côtoient mais vivent sur des planètes différentes.
Sa manière de filmer Montréal y est ensuite pour beaucoup. La caméra rase le bitume, s’envole jusqu’aux toits gris de la ville, comme cherchant une issue à cette froideur urbaine, quand soudain apparaît au détour d'une rue un parc emplit des couleurs de l’automne canadien, du rouge, du jaune, du vert, qui viennent nous rappeler que rien n’est figé.
L'idée du mouvement est d’ailleurs au cœur du film. Louis avance lentement dans son art du jeu, alors que Suzie marche sans cesse, revient sur ces pas, puis repart. On se saura rien de leur passé, seul compte ce qu'ils vivent sous nos yeux, l'instant présent.
Luc Picard est avant tout un acteur et ça se sent. Ce sont ses personnages qui l’intéressent, car vecteurs de l’émotion. Sa caméra les accompagne au plus prés pour les faire exister presque physiquement, filmant dans une intimité pudique ses corps qui s'évitent, se heurtent et se meurent.
Luc Picard joue donc sciemment avec nos sentiments, sans jamais tomber dans la facilité.
Il nous livre un film simple, dur et tendre à la fois, un concentré de vie en somme.
Marianne Fakinos