Il y a un demi siècle,
Charles Laughton avait marqué à jamais l'Histoire du cinéma avec LA NUIT DU CHASSEUR, film culte où deux gamins apeurés mais millionnaires fuyaient un
Robert Mitchum déguisé en pasteur, qui semait sur sa route la bonne parole - et la mort par la même occasion. Aujourd'hui,
David Gordon Green nous conte vraisemblablement la même histoire dans L'AUTRE RIVE, celle de deux frères partis avec le magot de la famille pour fuir leur oncle meurtrier. Même scénario de base inspiré d'un fait divers, et pourtant le résultat n'a rien à voir - sans doute parce que
David Gordon Green n'a pas su véritablement définir le genre de son film : drame intimiste, thriller ou film d'action, un peu des trois mais aucun vraiment… Le film commence comme un drame familial, avec un père peu protecteur qui laisse mourir l'un de ses fils malade, et abandonne à lui-même son fils aîné, amoureux d'une Juliette d'un autre monde et habitué du commissariat du coin, deux enfants perdus au milieu de l'Amérique profonde et promis à un avenir peu glorieux. Ca continue comme un film noir sans âme à l'arrivée de l'oncle peu regardant des valeurs familiales - puis prend doucement la voie d'un thriller sans pêche ni panache, sans véritable suspens et surtout sans véritable angoisse. Car l'histoire peine à s'installer, et se perd dans des méandres intimistes qui ralentisse l'action, et finalement favorise l'ennui, parce qu'il s'en échappe une atmosphère si étrange qu'on ne cherche plus à comprendre pourquoi le plus jeune mange tout ce qui lui tombe sous la main, de la peinture à la boue des cochons, ou pourquoi l'aîné décide de fuir toute griffe dehors au lieu d'appeler à l'aide… Au final,
Jamie Bell s'en sort bien comme toujours, mais n'arrive pas à sauver le film de l'ennui.
Aurélie Maulard