Tout droit sorti du doux cocon très fermé de la Femis,
Pierre Erwan Guillaume s'est payé le luxe de réunir
Aurélien Recoing et le jeune mais prolifique
Jalil Lespert pour son tout premier long métrage, une sombre histoire de meurtre dans un petit village hors du temps et de l'espace. L'un est flic, l'autre suspect. Mais voilà, les apparences sont trompeuses, et ceux qui étaient venus voir un film policier vont très vite se demander s'ils ne se sont pas trompés de salle. Car notre jeune apprenti s'est approché trop près du soleil - et s'est brûlé les ailes. Loin, d'un polar habituel, L'ENNEMI NATUREL est évidemment une oeuvre brute et sans concession, mais d'où se dégage une acre odeur de perversité. Oscillant entre enchaînement d'oeuvres picturales et film pornographique, le long métrage de
Pierre Erwan Guillaume est plus déconcertant que réellement passionnant. L'enquête policière n'est que prétexte à la découverte du côté obscur des personnages, l'hommage avoué à la nature sauvage qu'un moyen de transformer l'humain en bête avide de sexe - et étaler dès que possible les parties intimes des deux acteurs. D'autant plus que
Jalil Lespert est loin d'être à l'aise dans les baskets de ce jeune flic perdu dans un autre monde. Comme un cours de philosophie qui aurait mal tourné, ou une vision d'un polar sous morphine, L'ENNEMI NATUREL souffre d'un manque de rythme flagrant, privilégie les remises en question et les silences pesants aux actions elles-mêmes - et se perd trop vite dans les (dangereux) méandres de l'inconscient…
Drame intimiste très très intime destiné exclusivement à un public averti, cet ENNEMI NATUREL version
Pierre Erwan Guillaume deviendra peut-être le vôtre…
Aurélie Maulard