L’immeuble Yacoubian, en plein cœur du Caire, est une vieille bâtisse des années 30, vestige d’une splendeur passée. Ce lieu où cohabitent toutes les classes sociales, où derrière chaque porte se cachent les secrets de chacun, est le point convergeant de ce délicieux film construit tel un canevas envoûtant.
Chacun des appartements est à lui seul un monde d’intrigues. Nous plongeons dans une fresque cadencée par 12 personnages : Taha le fils du concierge, Haj Azzam riche propriétaire, Zaki fils de pacha…. Tous sont placés sous le signe de la vénalité. Malgré ce leitmotiv, cette oeuvre possède un souffle poétique troublant. Les situations sociales tendues, les désillusions amoureuses, ou même les injustices, n’enlèvent rien à la douceur de l’oeuvre.
C’est au rythme des chansons d’Edith Piaf, que l’on s’attache immédiatement à Zaki, ce vieux beau, nostalgique d’un passé révolu. Il est à la fois émouvant et agaçant par son arrogance d’aristocrate. Son regard de Pierrot alcoolique est poignant. Quelle classe ! D’ailleurs, les scènes de chamailleries avec sa sœur hystérique sont hilarantes, mais aussitôt virent au drame. De ce fait, le réalisateur
Marwan Hamed réussit à convoquer un panel d’émotions, qui bouleverse le spectateur, se retrouvant absolument déstabilisé. On sourit, rit, on est surtout picoté par la révolte du jeune Taha, glissant vers l’extrémisme, conséquence de l’injustice sociale. Cette tranche de vie pince, fait mal, aucun échappatoire ne semble possible. La pénible réalité des Egyptiens modestes est belle et bien là.
Le réalisateur pose un regard autant réaliste que lyrique, un regard tendre, affectueux plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants. Il ne juge jamais, et ne cherche pas le scandale malgré l’un des thèmes abordés, si tabou dans la société Egyptienne : l’homosexualité. Seul petit hic, malgré la longueur du film (2h52), nous n’arrivons pas à nous attacher ou tout simplement à croire à tous les protagonistes, comme le journaliste homosexuel, Hatem Rashid, prêt à tout pour assouvir ces désirs.
Néanmoins, si vous avez envie de sentir l’air du Caire, le temps d’une valse de personnages, foncez voir ce film. Vous passerez un moment agréable. Lorsque la lumière se rallume, on comprend un peu mieux comment va l’Egypte, et pourquoi explosent des bombes.
Lise Chavanne