Critiques : L'ordre et la morale

    en DVD le 18 Avril 2012

Notre critique : L'ordre et la morale

    Kassovitz appuie là où ça fait mal

  • Comme Au Cinema
    Comme Au Cinema

    Avril 1988. Île d’Ouvéa, Nouvelle-Calédonie.
    En protestation contre la Loi Pons et dans un contexte socio-politique tendu, un groupe d'indépendantistes Kanaks attaque la gendarmerie de Fayaoué dans une tentative d’ « occupation pacifique » qui va virer au bain de sang. Quatre gendarmes sont tués par balle et vingt-sept autres sont enlevés et retenus en otages en deux groupes (un au nord, l’autre au sud) sur cette toute petite île. Alors que les otages du sud sont rapidement libérés à l’issue de négociations, la situation au nord s’avère plus complexe, les indépendantistes s’étant retranchés dans une grotte isolée.
    Clamant que les gendarmes ont été « massacrés à l’arme blanche » (la presse évoque même des décapitations), l'État Français – en plein entre-deux tours de l’élection présidentielle opposant François Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac - envoie l’Armée de Terre (des centaines d’hommes, une logistique lourde et des méthodes d’interrogatoire musclées) pour rétablir l’ordre. Lorsque la cellule de négociation du GIGN (menée par le capitaine Legorjus) arrive sur place, c’est une zone de guerre qu’elle découvre, une première sur un territoire français depuis la guerre d'Algérie.
    Surréaliste ? Peut-être, pourtant il s'agit de faits réels qui se solderont par un assaut meurtrier conduisant à la mort de dix-neuf Kanaks et de deux militaires. Une plaie toujours béante dans l’archipel.

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    Un sujet encore ultra sensible

    En portant sur écran une reconstitution de l’attaque de la grotte d’Ouvéa, Mathieu Kassovitz joue avec le feu : celui des versions contradictoires et des souvenirs écorchés. Fruit de plus d’une décennie de recherches (entre archives, témoignages et rencontres avec les témoins et leurs proches) L'Ordre Et La Morale est pourtant un long-métrage d’une portée – cinématographique et historique – folle.

    Car au-delà de jouer, avec brio, la carte du film de guerre humaniste (dont les influences à l’écran sont transparentes, de Platoon à La Ligne Rouge), Kasso se risque à présenter un véritable plaidoyer documenté (le cinéaste cite, entre autres, le rapport de la Ligue des droits de l'Homme) sur un drame vécu de façon diamétralement opposée en fonction de la situation géographie (métropole/Nouvelle Calédonie), de la position ethnico-sociale (kanaks, caldoches ou expatriés) ou de la couleur de peau.

    A travers les yeux d’un homme (le controversé Legorjus), L'Ordre Et La Morale se pose à la fois comme une esquisse tragique (au sens propre du terme) aux héros déchirés – l’impuissant négociateur et le révolutionnaire piégé dans la forêt - se débattant au coeur d’un engrenage fatal ; et un pamphlet politique engagé aux résonances plus qu’actuelles. Sur des images d’une beauté à couper le souffle, le spectateur est violemment confronté à un choc des cultures (celui de la « coutume » kanak face à la virulence de la métropole) encore douloureusement teinté de préjugés raciaux, un affrontement aggravé par des séries de rivalités – entre politiques, mais aussi entre gendarmes et militaires – et de manipulations qui s’avéreront létales.

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    Interrogeant le public comme les politiques, Kasso suit une frange de la population française oubliée aux antipodes (quiconque a posé un orteil en Nouvelle Calédonie aura ressenti un certain malaise entre les différentes communautés) et pose avec force la question des notions de « terrorisme », d’ « indépendance », de « (dés)information » ou de « citoyenneté » (le réalisateur s’applique d’ailleurs à préciser le code postal de chaque lieu montré dans le film)… en 1988 comme en 2012. A l’heure où La Haine fait un retour remarqué, il est bon de constater que Mathieu Kassovitz n’a rien perdu de sa hargne, de son savoir-faire (certaines séquences sont tout bonnement étourdissantes) et de son sens critique aigu.

    Décrié avant même son tournage (le long-métrage n’a bénéficié d’aucun soutien « officiel », bien au contraire), honteusement boudé à sa sortie dans les salles et lors de la dernière Cérémonie des César (malgré l'excellente performance de Iabe Lapakas) et même censuré en Nouvelle-Calédonie, L'Ordre Et La Morale est pourtant un film de conflit efficace en diable doublé d’un discours citoyen et humaniste retentissant.
    Et ça, ça ne court pas les rues…
    Eléonore Guerra

Critiques : L'ordre et la morale 2 étoiles

  • Metro
    Metro

    " L’interprétation très digne et l’intrigue, bien documentée, saisissent le spectateur comme les meilleurs thrillers politico-militaires anglo-saxons. Une réussite."
    Jérôme Vermelin (article entier disponible dans Metro du 16/11/2011)
  • Le Journal du Dimanche
    Le Journal du Dimanche

    " Mathieu Kossovitz est de retour. (...) Le cinéaste a retrouvé le meilleur de lui-même. "
    J.-P.L (article entier disponible dans le Journal du Dimanche du 13/11/2011)
  • Première
    Première

    " Tous ceux qui aiment "Kasso" seront contents de voir qu'il a toujours la niaque et un talent de metteur en scène resté intact (...). La puissance d'évocation de son cinéma en fait oublier certaines faiblesses (...), mais l'essentiel demeure : Kassovitz revient aux affaires, et c'est une bonne nouvelle pour le cinéma français. "
    C.N. (article entier disponible dans Première n°417, page 50.)
  • 20 Minutes
    20 Minutes

    " L'attention portée aux détails est l'un des atouts de ce film spectaculaire et instructif. "
    Caroline Vié (article entier disponible dans 20 Minutes du 16/11/2011)
  • Ouest France
    Ouest France

    " (...) Il contourne habilement l'absence des moyens mis à sa disposition en plongeant, caméra à l'épaule le plus souvent, au coeur d'une mise en scène bouillante et tendue. "
    (article entier disponible dans Ouest France du 16/11/2011)
  • Figaroscope
    Figaroscope

    " L'Ordre Et La Morale est à la fois un pamphlet politique et un film de guerre. (...). Quinze ans après ses débuts de cinéaste, « Kasso » le rebelle engagé reste un donneur de leçons. Mais il s'agit cette fois d'une leçon de mise en scène. Retour gagnant, assurément. "
    Olivier Delcroix (article entier disponible dans Figaroscope du 16/11/2011)
  • Télé7Jours
    Télé7Jours

    " Mathieu Kassovitz fait son grand retour devant et derrière la caméra. Il signe un film engagé et captivant basé sur le témoignage de Legorjus, ici consultant. "
    V.P. (article entier disponible dans Télé7Jours n°2686, page 138)
  • Paris Match
    Paris Match

    " Engagé, ce film de guerre dénonce les dérives politiciennes du gouvernement de cohabitation Mitterand-Chirac qui a préféré faire parler les armes plutôt que les hommes. "
    Alain Spira (article entier disponible dans Paris Match n°3261, page 24)
  • Positif
    Positif

    " Enfin un bon film signé Mathieu Kassovitz ! (...) Cette interprétation des faits, qui donne le mauvais rôle aux politiciens de la métropole (...) en resterait aux bonnes intentions si la mise en scène n'était à la hauteur. "
    Philippe Rouyer (article entier disponible dans Positif n°609, page 56)
  • Les Cahiers du Cinéma
    Les Cahiers du Cinéma

    " Hélas, ces velléités lyriques se heurtent au manichéisme, au bavardage simpliste et à la caractérisation immobile d'un film dossier. "
    J.L. (article entier disponible dans Les cahiers du cinéma n°672, page 62).
  • Le Point
    Le Point

    " A son crédit, le projet même, complexe, son ambition menée à bien, son refus de la caricature - hormis pour les militaires - et quelques morceaux de bravoure lors des scènes d'action. On regrettera une voix off envahissante et des références appuyées à Appocalypse Now. Reste que le film permet de redécouvrir une page d'histoire méconnue et, finalement déjà oubliée. "
    François Guillaume Lorrain (article entier disponible dans Le Point n°2043, page 128)
  • Le Monde
    Le Monde

    " Sans doute inquiet de rebuter son public, Kassovitz tente de faire pencher la balance du côté de l'action, du suspense. Celui-ci existe de toute façon, par le jeu des ultimatums et des rebondissements (...), mais les paroxysmes sont exacerbés par la musique, les effets spéciaux. "
    Thomas Sotinel (article entier disponible dans Le Monde du 16/11/2011)
  • Les Inrocks
    Les Inrocks

    " Ça fonctionne, même si pour le mystère, l'originalité ou l'invention on ira voir ailleurs. "
    Serge Kaganski (article entier disponible dans Les Inrocks n°833, page 68)
  • Studio CinéLive
    Studio CinéLive

    " (...). Reste donc un film de guerre efficace et tenu. Est-ce suffisant ? "
    Thomas Baurez (article entier disponible dans Studio CinéLive n°32, page 30)
  • Télérama
    Télérama

    " Kassovitz convainc dans les extérieurs (...) et surtout dans les scènes d'action - sa spécialité. "
    Samuel Douhaire (article entier disponible dans Télérama n°3227, page 68)
  • Le Nouvel Observateur
    Le Nouvel Observateur

    " (...), L'Ordre Et La Morale témoigne d'une maîtrise très enviable, notamment dans la conduite du récit et la découverte des enjeux politiques, (...) A quoi tient alors l'impression que le film vient trop tard ? "
    Pascal Mérigeau (article entier disponible dans Le Nouvel Observateur n°2454, page 138)
  • TéléCinéObs
    TéléCinéObs

    " Le film associe à un traitement frontal bienvenu le didactisme maladroit de dialogues parfois trop démonstratifs (...). Il est pourtant d'une force indéniable, (...), source de quelques superbes moments de cinéma. "
    N.S (article entier disponible dans TéléCinéObs n°2454, page 46)
  • Elle
    Elle

    " Pour une fois qu'un cinéaste français s'empare d'un moment de l'Histoire récente, qu'il dénonce une décision politique (...) qu'il prend le temps de filmer l'événement comme un thriller (...) . "
    F.B.S (article entier disponible dans Elle n°3439, page 64)
 

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