L’histoire contemporaine du 20ème siècle semble être l’une des principales préoccupations des cinéastes allemands de ces dernières années. Contrairement aux œuvres historiques françaises qui semblent être obnubilées encore et toujours par le passé glorieux de la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale, le cinéma d’outre-Rhin n’hésite pas à s’attaquer à des sujets sensibles au travers de l’histoire tumultueuse de son pays. Après
Good Bye Lenin !,
La Chute ou
La Vie Des Autres,
La bande à Baader fait honneur à cette récente tradition et livre ainsi
un tableau dur et passionnant sur une période des plus chaotiques et nihilistes de la RFA.
Le film, adapté du livre de Stefen Aust, retrace la naissance progressive du mouvement RAF à partir 1967, après les manifestations tragiques contre la visite du Shah en Allemagne de l’Ouest, jusqu’à la mort de ses instigateurs en prison en 1977. Signes de la radicalisation d’une jeunesse se révoltant contre le renouveau d’un fascisme perçu au sein du pouvoir allemand, les actions de la bande à Baader, entre attaques terroristes et prises d’otages, dévoilent une des faces les plus sombres des mouvements jeunes du monde entier de la fin des années 1960.
Adapter une telle histoire au cinéma était un pari risqué, et
Uli Edel le relève plus au moins avec brio. Comme pour
Mesrine : L'Instinct De Mort, le cinéaste s’est retrouvé face à un grand dilemme concernant la manière de montrer à l’écran le mouvement et ses chefs de file, notamment Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gundrun Ensslin. On décèle chez Edel une certaine admiration initiale pour ses jeunes qui ont osé prendre les choses en main, sans craindre de dépasser le point de non-retour. Ainsi, l’interprétation de Baader par
Moritz Bleibtreu montre un personnage charmeur et charismatique, quelque peu distancé de l’appréciation de l’homme par Jean-Paul Sartre, qui le traita de « con » après l’avoir rencontré en prison. L’autre parti pris de ce film, c’est de critiquer ouvertement la violence institutionnelle de la RFA pendant cette période, et de la présenter comme principal catalyseur de la naissance du mouvement.
Néanmoins,
le film ne tombe jamais dans une apologie gratuite de leur cause. Au contraire, ce qui peut finalement choquer le spectateur, c’est l’absence marquante de moralité, avec les pertes des repères qui s’en suivent. En effet, face à une violence de tout bord, l’identification à un des deux côtés n’est jamais acquise tout au long du film. Malgré les critiques du cinéaste envers la spirale de violence dans laquelle s’emmêle la RAF, les tentatives radicales de maîtrise de la situation par le gouvernement allemand sont également condamnées. Les victimes et les coupables sont présents dans les deux camps. Le portrait de la violence est brutal, à travers son traitement à coup d’images incisives et une bande son explosive, où chaque coup de feu provoque le moindre sursaut.
Couplé avec une cascade continue d’évènements,
La bande à Baader offre un spectacle d’où le spectateur ne ressort pas facilement indemne. Le plus troublant est l’interprétation de
Martina Gedeck, qui incarne une Ulrike Meinhof saisissante, cette femme journaliste qui tomba progressivement dans la spirale infernale en abandonnant tout, y compris ses enfants. Au final, ce film révèle l’amateurisme d’un mouvement cherchant à jouer dans la cour des grands, au sein d’une société violente mais incertaine de ses repères, dans la peur perpétuelle de répéter les erreurs du passé.
Nicolas Ferminet