"Sur cette terr', ma seul' joie, mon seul bonheur, C'est mon homme, J'ai donné tout c'que j'ai, mon amour et tout mon cœur, À mon homme…" En choisissant comme générique la déclaration d'amour de Misstinguett,
Frédéric Fonteyne résume le contenu de son film. Car après avoir étudié la LIAISON PORNOGRAPHIQUE entre Nathalie Baye et Sergi Lopez, le cinéaste s'intéresse à la vie quotidienne d'Elisa, la femme de Gilles, prête à tout accepter, tout endosser, tout pardonner pour garder son homme. Les paroles de la chanson résonnent bientôt comme le cri de la jeune fille :
"La femm' à vrai dir' n'est faite que pour souffrir par les hommes… " Jusqu'où peut-on aller par amour demande le film. Elisa a fait son choix.
LA FEMME DE GILLES est une succession de silences. L'éclairage, le choix des cadres, les non-dits concourent à cette atmosphère étrange, pesante, presque malsaine. Toute l'action se passe hors champ, la caméra reste avec Elisa quand son homme part retrouver Victorine. On vit avec elle, on soupçonne avec elle, on découvre la vérité avec elle, et on se révolte… sans elle. Car Elisa, plus que soumise, plus que résignée, est amoureuse.
"Je l'ai tell'ment dans la peau Qu'j'en d'viens marteau, Dès qu'il s'approch' c'est fini, Je suis à lui…" Le point fort du film est incontestablement la superbe prestation des acteurs,
Emmanuelle Devos en tête, qui se livre toute entière, incarnant avec justesse et sensibilité cette femme incroyablement seule. Esthétiquement très beau, le film de
Frédéric Fonteyne est comme une succession de tableaux : touchant, émouvant, poignant… ou soporifique selon les goûts. Le cinéaste se complaît à regarder les jours et les saisons s'égrener, les comportements doucement évoluer. Seule Elisa maintient son cap. Un choix d'ailleurs difficilement compréhensible à l'époque actuelle. Mais encore une fois, la chanson vient donner raison à la femme de Gilles,
"j'dis qu'il faut qu'on pardonne Quand un' femme se donne À l'homm' qu'elle a dans la peau ..."
Aurélie Maulard