Ce n’est plus un mystère pour personne,
Claude Chabrol est un spécialiste facétieux de l’analyse féroce de la lutte des classes, particulièrement acerbe envers la bourgeoisie française, un milieu qu’il adore disséquer, railler… et martyriser.
Violette Noziere,
La Fleur Du Mal et surtout
La Ceremonie, la sentence est régulièrement douloureuse, voire fatale. Fasciné par le concept de « fait-divers », le
socioréalisateur se plaît à télescoper la violence des crimes avec la pesanteur d’une classe endormie.
La Fille Coupée en Deux n’échappe pas à ce modèle. Inspiré d’un fait-divers de 1906 (lui-même déjà repris littérairement) relatant un crime à la fois passionnel et social, le nouveau « Cru Chabrol » emprunte le sentier déjà balisé maintes fois par le cinéaste.
Pas de surprise donc, mais toujours une maîtrise formelle confondante – Dieu que cette atmosphère de province est étouffante ! Et toujours l’utilisation habile de ce scalpel froid qui ouvre les plaies des vices, de l’ambition et de la folie. Si – étrangement – le casting pêche parfois par manque de justesse et de fluidité, le film reste glaçant (voire un poil balzacien) dans son étude de mœurs. Le fou, le pervers manipulateur et l’ingénue brisée valsent pour le meilleur et surtout pour le pire sous les yeux des éternels témoins peu bienveillants.
Oui, Chabrol fait du Chabrol, mais son exploration de la perversion – sans jamais la montrer explicitement ou la condamner gratuitement – fait tout de même du bien là où ça fait mal… et vice versa.
Eléonore Guerra