Après
Betty Fisher, le nouveau film de
Claude Miller est une adaptation libre, personnelle, de
La Mouette de Tchekhov. Le réalisateur a mis dans son long-métrage beaucoup de lui-même, tant au niveau du cinéaste que de celui de l’homme.
L’histoire se passe de nos jours, en Bretagne. Il n’y est plus question de théâtre et de littérature mais de cinéma. Si l’adaptation est libre, on retrouve néanmoins dans les personnages du film ceux de la pièce. Mado, actrice professionnelle connue et reconnue ; Lili, qui rêve de devenir comédienne ; Julien, jeune cinéaste un peu rebelle et plein d’ambition ; Brice, réalisateur célèbre, plutôt dans le circuit du cinéma dit commercial ; etc. Chacun évolue dans la maison de vacances familiale.
Point de départ du film : la projection à ses proches du premier court-métrage de Julien, dans lequel joue Lili. A la fois admiré et incompris, ce film dont on ne verra que de brefs extraits, lance celui de Miller. On assiste alors à une sorte de film dans le film, de mélange entre fiction et réalité, morceau de vie qui va finalement lui-même devenir un film. Quand Brice note tout ce qu’il se passe dans son petit carnet, Lili l’observe et essaie de tirer un maximum de profit du réalisateur qu’il est en tentant d’amadouer l’homme, alors que Julien retient, lui aussi, les faits et gestes de ceux qui l’entourent.
Il y a, dans La petite Lili, un décalage constant entre les personnages, qui recherchent tous une reconnaissance, quelle qu’elle soit. Dans le travail et l’art pour Julien ; sentimentale pour Jeanne Marie, folle amoureuse de Julien.
Décalage donc, mais aussi rivalité. Rivalité réciproque entre Mado et Lili. La première, jalouse de la jeunesse et de la fraîcheur de Lili ; et cette dernière, envieuse de la célébrité de Mado.
Pour interpréter ces personnages difficiles, souvent en conflit avec eux-mêmes et avec les autres,
Claude Miller s’est entouré de comédiens sur mesure, qu’il dirige d’une main de maître. De
Ludivine Sagnier, toujours aussi naturelle et pétillante à
Julie Depardieu, d’une justesse incroyable, en passant par
Nicole Garcia,
Robinson Stévenin et
Jean-pierre Marielle, ils apportent au film sa justesse et sa vérité.
La petite Lili est une œuvre à la fois pessimiste et heureuse, où se croisent une petite dizaine de personnages symbolisant à eux seuls le monde du cinéma, mais aussi celui des relations humaines, familiales et passionnelles.
Amélie Chauvet