A l'origine boudé par le 7e art et confiné à la petite lucarne, le documentaire semble aujourd'hui trouver une place de choix dans les salles de cinéma. Après avoir examiner le monde terrestre avec une loupe dans MICROCOSMOS, s'être fait pousser des ailes pour suivre les oiseaux du PEUPLE MIGRATEUR, nous voilà à présent embarqué dans les profondeurs abyssales du monde sous marin, nageoires au bout des doigts et écailles sur le torse. Un monde trop souvent absent des écrans, hormis la perle des studios Pixar – qui a d'ailleurs concouru à relancer la mode du poisson clown. A la différence près que dans LA PLANETE BLEUE, les animaux ne parlent pas. Ici règne la loi du plus fort. Car LA PLANETE BLEUE nous livre la Nature dans toute sa splendeur, son extase, sa violence, le monde dans tout ce qu'il a de plus féroce, de plus magnifique, de plus originel.
La voix de
Jacques Perrin, qui ponctue le film par intermittences, constitue la seule empreinte de l'Homme dans ce vibrant hommage à la Terre. Certaines espèces nous échappent, mais trop de commentaires auraient été superflus. Le parti pris de laisser parler les images et la musique, nous fait sombrer dans un rêve éveillé, immergé dans un monde parallèle. La caméra semble littéralement s'être fondue dans l'environnement ; elle observe la nature au travail, on la regarde vivre avec des yeux ébahis. La musique est également d'une beauté et d'une justesse magistrale ; elle surplombe les images, les amplifie, leur donne la parole et la vie, installe une ambiance, tantôt loufoque, tantôt inquiétante, toujours envoûtante.
La mer qu'on voit danser le long des golfs clairs a des reflets d'argent, mais aussi de rouge, de vert, de blanc… Un monde où se terre des espèces inconnues, mi plantes mi poissons, mi pierre mi baleine, mi mammifère mi volatile qui se croisent dans un magnifique ballet à la fois féroce et magique. LA PLANETE BLEUE nous transporte sur des terres et des mers inconnues, entre paysages paradisiaques et glaciers vus d'hélicoptère, et plongées dans les fonds obscurs où ne perce jamais la lumière. Avec leurs plans somptueux où se mêlent requins, petits poissons et albatros dans une danse frénétique, les réalisateurs nous perdent dans leur rêve, on ne sait plus très bien où commence la mer et ou s'arrête le ciel.
Hymne à la nature, ode à la liberté, LA PLANETE BLEUE est de ces films qui nous font prendre conscience de la stupidité de l'Homme. A l'heure des dégazages sauvages et autres décharges aquatiques, le cri de la baleine bleue résonne comme un appel à l'aide. L'océan n'a pas fini de naître qu'il va déjà mourir. D'une beauté à couper le souffle, LA PLANETE BLEUE est le plus bel hommage que l'on pouvait rendre à notre Terre.
Aurélie Maulard