Avec
La vie moderne, le documentariste
Raymond Depardon nous invite à bord d’un ovni cinématographique. À l’heure où les émissions voyeuristes dans le genre
Confessions Intimes fleurissent un peu partout sur le PAF, le cinéaste-photographe nous convie dans ses Cévennes natales afin retrouver les « héros » des deux premiers opus de
Profil Paysans.
La force du document réside dans sa simplicité et la totale absence de volonté de juger ou d’expliquer. On apprécie de ne pas se voir assener une leçon moralisatrice à coup d’images chocs censées nous donner envie d’arrêter d’acheter des 4X4 ou de manger des produits bio.
Raymond Depardon se contente, et c’est énorme, de capter la vie quotidienne de la ruralité en assumant totalement les temps faibles grâce à un montage qui ne cède rien au rythme auquel sont habituellement soumis les spectateurs.
À l’image de la conduite des entretiens, le documentaire est avare de mots ce qui n’empêche en rien l’émotion. La captation des regards et les silences en disent bien plus sur l’état d’esprit de ces paysans, derniers témoins d’un mode d’agriculture destiné à disparaître avec la démission de la jeune génération. Malgré cette ambiance crépusculaire,
Raymond Depardon évite l’écueil de l’évocation nostalgique en s’astreignant rigoureusement au rôle de témoin qu’il s’impose depuis le début de son travail.
Avec cette fresque entamée il y a plus de 10 ans, le cinéaste livre
un vibrant hommage à sa région d’origine et plus généralement à la ruralité dans son ensemble. Incontournable.
Xavier Lalu