Célébré en tant qu’acteur,
Kenneth Branagh a eu, dernièrement, une fâcheuse tendance à se prendre des gifles avec sa casquette de réalisateur : un coup c’est le public qui le boude honteusement, la fois d’après c’est la profession qui le bastonne.
Pour se refaire une santé, Kenny décide cette fois de tenter le diable en s’attaquant au remake de l’exubérant
Limier de
Joseph L. Mankiewicz. Se «
refaire une santé » avec un huis-clos psychologique truffé de rebondissements nerveux ? Après tout, pourquoi pas ?
Pris seul, le film est loin d’être ridicule : tension palpable, image (très bleue) soignée, couple d’acteur qui fonctionne, … Non, vraiment, c’est pas mal du tout.
En revanche, si vous connaissez l’original, vous risquez :
1) de ne pas trop comprendre l’absence de certains éléments pourtant savoureux (que nous tairons ici étant donné que le film fonctionne grâce à une succession de « surprises »),
2) de vous rendre compte que, si Caine tient la route par rapport au
Laurence Olivier original,
Jude Law souffre méchamment de la comparaison avec
Michael Caine jeune (dont il reprend le rôle… vous suivez ?)
3) de regretter la version baroque de Mankiewicz, plus discrète dans les messages (comme l’homosexualité latente) ou l’ambiance, mais bien plus amusante à regarder dans sa déviance morale.
Les temps changent, c’est sûr, et il faut s’adapter (le tout technologique de la version de 2008). N’empêche, c’est tout de même dans les vieilles casseroles (tous ces automates angoissants de 1972) qu’on fait les meilleurs plats.
Mister B., on ne vous en veut pas trop : la recette était (pourtant) bonne.
Eléonore Guerra