Il y a deux types de spectateurs : ceux qui cherchent la petite bête et ceux qui se laissent embarquer. Il n’y a pourtant qu’un seul public : celui qui veut être piégé, halluciné… celui qui veut rester sur les fesses une fois les lumières de la salle rallumées.
Are you watching closely ? Vous regardez bien ? Alors installez-vous dans votre fauteuil, ouvrez grand vos mirettes… et préparez-vous à vous perdre devant le très beau tour de magie du cher Monsieur
Christopher Nolan.
Angier est mort. Accident ? Assassinat ? Complot ? L’enquête est lancée. Allers-retours dans le temps, dans les esprits, dans les sentiments… Borden est-il coupable ? Peut-être, sûrement, mais la Vérité est ailleurs : pas une véracité de fait-divers, mais la Vérité de la légitimité, du talent… et du pouvoir.
Un tour de magie a trois actes - la Promesse, le Revirement et le Prestige – et la tradition veut que les deux premiers importent peu sans la majesté du troisième. Nolan suit ici le même principe. Pourquoi et comment la mortelle rivalité est-elle née entre les deux hommes, nous l’apprendrons peu à peu. Difficilement, aisément (c’est selon), le cheminement n’en est pas moins passionnant. Il ne serait pourtant rien sans son « Prestige », son dénouement presque jouissif.
Tour de passe-passe ? Magie ? Sorcellerie ? Qui sait… Film puzzle extrêmement bien construit,
Le Prestige vous titille là où ça démange : Pourquoi et surtout
comment ?
Nolan ne néglige rien : psychologie fouillée des personnages, atmosphère soignée, image léchée, casting au couteau… Non, rien n’est laissé au hasard pour servir le double propos du film : le show, bien sûr, et la dimension tragiquement humaine et touchante de l’ambition (Jusqu’à quel degré de destruction peut-on aller ? Où s’arrête la compétition et où commence l’obsession ?)
C’est complexe et simple à la fois… mais redoutablement efficace. Trop tard, vous êtes piégés… et c’est tant mieux.
Eléonore Guerra