Voilà un film qui revient de loin. Pas parce qu’il aura été particulièrement difficile à monter (on parle de
Milos Forman tout de même), mais parce qu’il s’est tout simplement fait étriller par les premières critiques internationales. Confus, trop sage, vendu à l’académisme, on a tout reproché au réalisateur du mythique
Vol Au Dessus D'Un Nid De Coucou.
Qu’en est-il vraiment après visionnage ? Assiste-t-on réellement au naufrage annoncé ?
Oui et non. Une chose est certaine,
Milos Forman est violemment victime de son succès critique. Après le dithyrambique accueil dont avait bénéficié l’excellent
Man On The Moon, il est vrai que le cinéaste tchèque était plus qu’attendu pour son prochain film. De là à recevoir un tel accueil…
Les Fantômes de Goya est-il un mauvais film ? Non. Grâce à son excellente peinture d’une Inquisition moribonde (repoussante à souhait) et d’un temps tourmenté (la fin des monarchies européennes), le film utilise Goya comme prétexte : il devient le témoin d’une époque de bouleversements, violente et impitoyable.
Alors, c’est vrai, on n’apprend rien ou presque sur le peintre espagnol. Ici, point d’
Amadeus,
Larry Flynt ou autre
Man On The Moon. C’est certainement dommage lorsqu’on connaît l’habileté de Forman à croquer la psychologie humaine. A rester de la sorte extérieur au propos, on perd malheureusement l’intimité que le réalisateur excelle habituellement à offrir à ses personnages.
Le cinéaste visait-il ailleurs ? Sûrement. Et voilà ainsi un emboîtement de prétextes (le travail du peintre, les déchirures familiales d’Inès, les revirements de Frère Lorenzo) pour mieux aligner une violente condamnation des idéologies, quelles qu’elles soient. On passe d’une tyrannie à une autre, d’une torture à une autre, d’une folie à une autre… Mais quoi qu’il arrive, nul n’en sort jamais blanchi ou grandi.
Désabusé Forman ? Peut-être. Et c’est d’ailleurs certainement pour cela qu’il nous présente un film si pesant et académique.
Les Fantômes de Goya est-il un mauvais film ? Assurément, non. Ce n’est juste pas un très bon
Milos Forman.
Eléonore Guerra