Ça commence par l’Absence : l’enterrement d’une personne aimée, la solitude d’une fille délaissée, le manque d’un fils disparu. Rapidement, l’Absence invite sa compagne la Nostalgie au bal : le sentiment d’échec d’un ancien professeur émérite et admiré, des souvenirs trop présents, … Bercés entre ces deux sentiments, on plonge en douceur dans une fable sur la fragilité humaine et sur l’éternelle peur de chuter, inhérente à chacun.
Lorsque Pursy débarque à la Nouvelle-Orléans, tout est à l’image de la maison de sa mère : délabré. Elle – ado en crise – va alors se raccrocher à ses nouvelles et uniques racines : un professeur alcoolique et malade et son assistant en pleine crise créatrice. Contraints de vivre ensemble, chacun va redécouvrir des sentiments depuis longtemps oubliés tels que l’amour, l’amitié, la fierté ou l’ambition. De proche en proche, tout change… à l’image de la maison, enfin restaurée. La rédemption est au bout, pour tous.
Pour son premier long-métrage de fiction,
Shainee Gabel offre une touchante galerie de personnages boiteux ; chacun protégeant, tant bien que mal, sa fêlure secrète. Elle s’entoure pour cela d’un casting d’une justesse réjouissante : si Miss Johansson a parfois tendance à forcer le trait,
John Travolta trouve ici son meilleur rôle depuis des siècles, aux côtés d’un
Gabriel Macht injustement méconnu. Gabel rend en plus un magnifique hommage à la Nouvelle-Orléans (pré ouragan Katrina) en rappelant son importance culturelle et musicale. La ville n’a jamais été aussi belle, filmée comme une séduisante maîtresse bohème à travers ses quartiers populaires cassés (magnifique photo d’
Elliot Davis). C’est parfois certes un peu facile, mais l’alchimie fonctionne au point qu’il nous prend l’envie de nous asseoir, nous aussi, autour du feu et d’écouter Bobby Long chanter.
Eléonore Guerra