Oui, c’est pas tout à fait outré, mais quand même un poil, qu’on est ressorti du café de
Franck Llopis. Pourtant, l’idée de réunir une poignée d’hommes et de femmes à l’intérieur d’un café parisien pour y parler des plaisirs et désillusions de l’amour, pourquoi pas. Mais alors que Jim Jarmusch nous a fait rire et voyager dans les volutes de fumée avec
Coffee And Cigarettes, Llopis nous a assommé dès la première taffe tirée…
Il nous balade d’une table à l’autre, de la brochette de midinettes à la femme mystérieuse, du duo de commerciaux au trio de losers, du barman aux bras cassés à sa femme frustrée. Ça aurait pu donner un moment sympathique, sans prise de tête, comme on en vit parfois, dans le troquet d’à côté. Mais ici, les personnages se débattent dans des situations burlesques et parlent, parlent et parlent… Et même quand ils ne parlent pas, ils pensent tout haut. Les dialogues sans queue ni tête s’enchaînent à la va vite.
Ça parle dans tous les sens, dans toutes les têtes, sans vraiment donner ce naturel des dialogues de café.
Pourtant, à côté du trio lourdingue qui tente d’organiser l’enterrement de vie de garçon de leur copain, il y a de beaux personnages qui auraient mérité un peu plus d’attention. Un vieux barbu silencieux, Yvette la chanteuse déchue, un commercial homosexuel… C’est comme si Llopis était entré dans un café et avait filmé la table du milieu, où l’on crie le plus fort (il y en a toujours). Mais c’est souvent à la périphérie, en regardant un peu autour de soi, que l’on trouve les meilleures situations. Celles qui valent le coup d’être filmées.
Mathilde Grosjean