Quelle horreur. Voilà ce que l’on pense à la sortie de la projection de Martyrs.
Quelle horreur, et en même temps, quelle claque. Une bonne grosse gifle en pleine poire. Certes, on savait à quoi s’attendre, à cause des images vues sur le net, à cause de cette polémique qui enfle, qui enfle depuis des mois, lorsque Martyrs avait vécu l’enfer en frôlant l’interdiction au – 18 ans. Certes. Mais là… Les tortures de Martyrs feraient presque passer le coup de l’extincteur d’
Irréversible pour un dessin animé de chez Disney. Parce que les tueries s’enchaînent sans temps mort, que le sang et les chairs giclent en gros plan, que l’on voit tout, que l’on entend tout, que l’on vit tout. Parce que ce Martyrs est tellement froid, tellement à la limite du supportable, que l’on finit par y croire dur comme fer. Parce que la vie nous a montré que des "faits divers" comme celui-là ne se passent malheureusement pas qu’au cinéma.
Martyrs fait partie de ces films que l’on est content d’avoir vu, mais que l’on ne peut conseiller à personne. Parce que ce long-métrage a beau être une bombe atomique, un pavé au milieu d’une mare de sang, c’est aussi une souffrance, qui vous prend aux tripes, vous fait baisser les yeux, vous donne des frissons et vous hante longtemps après la projection. D’autant que certains détails particulièrement violents auraient pu être coupés… Martyrs aurait pu vivre sans ces coups de marteaux ou de cutter en gros plan. Car le film bénéficie d’un vrai scénario, tangible, à faire froid dans le dos, un fil rouge au milieu de toute cette violence, et qui au final, la justifie un peu. La mise en scène, radicale, nous scotche à nos fauteuils. Sans parler des deux filles,
Mylene Jampanoï et
Morjana Alaoui, qui se donnent corps et âmes sans en faire trop. Juste ce qu’il faut pour nous bluffer de bout en bout.
Alors oui,
Martyrs dérange. Il met mal à l’aise. Pire même, parce qu’il faut avoir le cœur et l’estomac bétonnés pour le regarder sans ciller… Mais c’est bel et bien une prodigieuse avancée dans le genre en matière de cinéma français. On en sort tremblant, choqué, hanté, avec des images plein la tête et des cauchemars pour les dix prochaines années. Et malgré tout ça, malgré l’horreur, le sang et le reste, on ne peut s’empêcher de saluer un film qui va faire parler de lui, longtemps, longtemps après sa sortie.
Aurélie Vautrin